The Way Back (suite)

Il aura fallu 2 ans et demi pour enfin découvrir The Way Back.

Dans le genre road movie sans road, Peter Weir s’attache à l’exceptionnel d’un tel périple, aux paysages et aux conditions impossibles.

Même si le spectateur finit par comprendre que les liens tissés seront indénouables entre eux, le réalisateur n’aborde cependant les caractères que par touches légères et la dynamique de groupe ne se délie qu’à l’arrivée du personnage d’Irena.

Jim Sturgess, Ed Harris et  Saoirse Ronan porte le film avec nuance alors que Colin Farrel incarne à merveille le rôle inattendu de la brute.

Si l’histoire est vraie leurs organismes ont été d’une résistance incroyable.
Le désert de Gobi m’a encore fait suffoquer.

Je retournerai quand même bien en Mongolie, au bord de ce lac où se baignaient les chevaux et qui abritait les poissons que nous avons savourés au soir de cette belle journée.

Décidément l’Histoire s’invite souvent à mes soirées en ce moment.

Immersion soufrée à Tsenkher

6h, assise sur le canapé, les portes fenêtre grandes ouvertes sur la ville.

Ce frais matin est teinté d’un parfum d’immensité mémorable.
Les oiseaux matinaux me plongent 4 ans plus tôt, au cœur des baraquements russes dont la peinture vive ne cache plus la vétusté des lieux.

Mes camarades dorment encore. Le ciel est dégagé.
Le camps s’éveille au rythme des mamies faisant leurs ablutions au doux soleil, devant un meuble de toilette d’extérieur. Elles se préparent à aller aux sources chaudes voisines, connues dans toute la Mongolie, pour leurs nombreux bienfaits. Une eau brulante à l’odeur soufrée, expérimentée la veille dans une cabine en bois, habitées par deux baignoires rudimentaires.
Un délicieux confort après de longs jours de marche.

Le rayon de soleil commence à réchauffer notre chambre au papier décollé. Le vent des steppes m’éveille à l’instant présent.
Assise sur le pas de la porte, je suis heureuse.

C’est surement ce même vent, venu de l’Est,
qui me rappelle aujourd’hui ce souvenir d’éternité.

Quand je pense à la vie …

… d’avant “les enfants” !

Les sorties en Laser par force 6 à 7, le ski alpin sans enseignement, le slalom entre les pierres trainée par ma voile de parapente, les soirées téquila à volonté, la plongée sur épave en Atlantique, les nuits du téléthon à descendre d’un donjon en rappel, la traversée du désert en Toyota Starlet, les raids nocturnes vélo-skate, les expériences culinaires au fin fond d’une yourte … à ben non, ça c’était après !

Y’a donc encore de l’espoir.

Patrice Franceschi – n°42

Mon bonheur procède de tout ce qui ne peut s’acheter, de tous ce qui n’a pas de prix, des choses simples que je vis au jour le jour, dans le ciel comme sur la terre ; il surgit de la vision du monde entier qui défile sous mes ailes, des rencontres incessantes avec les hommes, de la satisfaction intime d’avancer vers mon but, de ce trait rouge qui se trace lentement sur ma carte.

Ce bonheur des choses immatérielles est des plus vifs et des plus sains. Et j’en viens à me dire que, décidément, les hommes s’angoissent pour rien dans leur désir de possession ; et avec d’autant plus de déraison qu’ils sont repus et craignent de perdre cette opulence dont ils n’ont parfois plus conscience. J’essaie de ne jamais oublier qu’il est des pays comme chez Suleyman où quelques litres d’eau valent le poids de l’or dans le désert, et d’autres où elles coulent à flot sans rien dire à personne.

Patrice Franceschi,
Avant la dernière ligne droite, Editions Arthaud, p432

Voilà exactement ce que la Mongolie m’a inspiré dans cet esprit de Simplicité Volontaire.

Proverbe Mongol

Quand le ciel créa le temps, il en créa suffisamment.

Proverbe Mongol

Mongolie

Wilfred Thesiger

Round us was silence where only the wind played, and cleanness infinitely remote from world of man.

Wilfred Thesiger, Desert, Marsh and Mountain : The world of a nomad

Un petit frisson de Mongolie … me traverse.

Ça tintinnabule …

… et les grands espaces me reviennent.

The Way Back

ou Les Chemins de la liberté, en français.

L’aventure incroyable et présentée comme véridique d’une poignée d’évadés d’un goulag à travers la Sibérie, les plaines de Mongolie, le désert de Gobi, l’Himalaya, la muraille de Chine jusqu’au golfe du Bengale, lors de l’hiver 1941, contée par le virtuose Peter Weir, réalisateur australien de mes préférés Galipoli et L’Année de tous les dangers.

Le film se base sur le récit controversé de Sławomir Rawicz, The Long Walk (traduit en France par À marche forcée). Après enquête, il semblerait que le livre ait été inspiré de l’expérience d’un compatriote polonais, Witold Glinski.

Une histoire déjà connue pour qui a lu L’Axe du Loup de Sylvain Tesson, témoignage d’une vraie  ‘reconstitution du périple des évadés’ sur 6 000 km.

Vivement un peu de temps à moi pour découvrir le film,
me délecter des talents de Colin Farrell :) et
revivre la tourmente de la sécheresse du Désert de Gobi.

************

A lire aussi : The Way Back (suite)

Mongolie … МОНГОЛ УЛС

Envie de dormir sous la yourte, même à 3°C …
Le goût des fraises des bois autour du feu me revient.

Mon sac prend la poussière.

Certes un peu commerciale …
mais une bonne introduction au pays.

Esprit libre …

… toujours tu chériras ta capacité de choix.

Le pas rapide, toujours pressé, fait tinter les grelots conservés dans mon sac depuis 10 mois. Précieux souvenir de Mongolie que l’on attache aux souliers des jeunes enfants en âge d’apprendre à marcher.

Le son clair et aigu, rythmé par la marche, me rappelle la beauté des plaines au pays du ciel bleu, le vent d’orage au somment de la colline surplombant Karakorum, le sourire des enfants nomades de l’Arkhangaï, la course des chevaux au son du morin khuur, la convivialité de familles riches … de cœur.

Ma force, ma ressource, ma liberté.

Besoin de repartir d’urgence …

Mongolie – 11 Août 2009

Mon esprit s’ankylose aussi sûrement que mon sac à dos prend la poussière …

Derrière mes rideaux … La Mongolie !

Rationalcraft.com

Marc Alaux

Les conditions économiques ne sont pas les seules à pousser à s’implanter dans les faubourgs de tentes.

D’autres motifs prévalent parfois, telle la notion d’espace et d’habitat propre aux nomades autant qu’à leurs descendants immédiats : aux pièces anguleuses des appartements, assimilées parfois à des geôles, les récalcitrants à la vie sédentaire ont longtemps préféré la rotondité naturelle de la yourte.

Sous cette tente devenue emblème national, chaque ustensile est à portée de main, et les habitués disent y avoir toujours à s’occuper (alimenter le poêle, aller puiser de l’eau …) ; l’espace est aéré quoique la chaleur s’y conserve bien, la lumière provient naturellement du toit, les murs laissent deviner ce qui se passe dehors et le temps qu’il fait ; l’esprit y raisonne librement, à l’inverse d’entre des cloisons ; le réseau familial, d’amis et de connaissances, fort développé en Mongolie, s’entretient davantage sous la yourte, où se sont façonner les coutumes, que dans les immeubles où portes et murs de béton isolent des voisins.

“Méfie-toi des maisons comme des tombeaux”, disent certains, qui affirment aussi que l’organisation interne de la yourte respecte les règles d’harmonie du feng-shui.

Toujours est-il que la yourte laisse la possibilité d’être démontée, de représenter un habitat saisonnier (des citadins en font leur résidence estivale, installée en lisière des villes).

Cet habitat convient à ceux dont la perceptions de la vie nécessite une indépendance. Habiter une yourte citadine peut donc être un choix. Sans doute ceux qui se sentent libres ont-ils besoin d’un tel logement.

Ce qui frappe, c’est l’importance vitale de la yourte et sa pérennité malgré le développement d’Oulan-Bator. Par obligation ou par choix, quoi qu’en disent les entrepreneurs et le gouvernement, elle incarne la Mongolie, rurale et urbaine.

Sous les Yourtes de Mongolie (p48)

L’état d’esprit nomade face à la modernité occidentale y est si bien exprimé qu’il n’y a rien à ajouter de plus !

Le Chien Jaune de Mongolie

Byambasuren Davaa signe un film germano-mongol Shar nokhoïn tam, sorti en 2005.

Sur la base d’un conte mongol “La caverne du chien jaune” de Gantuya Lahgva, l’histoire dévoile la vie simple d’une famille de nomades de la steppe à travers Nansa, une héroine de 6-7 ans, recueillant un chiot dont son père ne veut pas.

Le tempo du film est à l’image de la vie actuelle des campagnes mongoles : précaire, calme, dépendante de la nature, rythmée par la peur des loups, les taches quotidiennes de l’été et les ballades de cette enfant dans l’immensité des plaines.

Petit Ginkgo fût happé par l’histoire … et le pays de Gengis Khan, me posant beaucoup de questions et m’annonçant qu’il montrait sur un grand cheval et irait en Mongolie !

“voir la vie au-delà de ses valeurs linéaires et matérielles” …
Byambasuren Davaa

Cet hiver 2009-2010 a été particulièrement rigoureux en Mongolie, décimant 2,5 millions de têtes de bétail. La famine touche de nombreuses familles mongoles.

Les actions des ONG sont floues sur le sujet (occupées sur d’autres points sensibles du globe), si vous avez des infos sur les programmes humanitaires mis en place pour la Mongolie, partagez avec nous en commentaire !

Merci …

*****************

MONGOLIE – Le froid extrême décime le bétail, Secours Catholique, 15-02-2010
Hiver extrême en Mongolie, Le Figaro, 25-02-2010
Risque élevé de famine en Mongolie, LePost.fr, 14-02-2010

*

Tim Cope … Australien, nomade de la steppe.

De 2004 à 2007, Tim Cope a voyagé à cheval sur 10 000 km, s’imprégnant profondément de la vie nomade. Ce long périple à la rencontre des peuples de l’est, à travers la Mongolie, le Kazakhstan, le sud de la Russie, l’Ukraine et la Hongrie devait durer 18 mois … Il nécessita 3 années !

Il présente son aventure de Karakorum au Danube, dans  In the steppes of the nomades, sorti en 2009 :

L’homme n’en est pas à son coup d’essai en matière d’aventure … pour avoir ramé sur 4500 km à travers l’océan Arctique et avoir traversé la Russie, la Sibérie, la Mongolie et la Chine à vélo, durant 14 mois …

Une pensée pour son plus fidèle compagnon … Tigon !

*******************

Tim Cope Journeys

Nostalgie des grands espaces …

6 mois depuis que nous sommes rentrés de Mongolie …

Je me souviens de ce sentiment d’étouffement qui s’en est suivi. Un réel besoin d’espace, de liquider l’inutile, de faire un tri matériel comme intellectuel. L’état d’esprit poursuit d’ailleurs son chemin.

Alors que je me baladais dans les forets de chênes du Luberon, je pensais au nouvel an lunaire que les Mongoles étaient en train de fêter en ce mois de février. Verrais-je un jour la fête des 1000 chameaux dans ce fascinant désert de Gobi ?

1000

Je sens encore les bulles de l’airag éclater sur ma langue, le frais des nuits dans l’Arkhangaï, le goût des beignets de viande, le bruits des cimbales bouddhistes. Chacun de mes sens a un souvenir précis …

J’ai besoin de voir l’horizon !

Des voyages se bousculent à mon esprit …

Plus qu’une fadaise, un appétit irrépressible.

Comme une vague, le ressac du « Partir » me revient inlassablement … Dès que le quotidien devient répétitif ou monotone, renait l’impérieux besoin de se frotter à l’inconnu, comme une addiction à densifier la vie, à l’excitation de la découverte, à la magie de la rencontre … à l’intensité des situations qui sortent de l’ordinaire, à une certaine liberté de mouvement aussi !

Cela devient vital pour reprendre mon souffle.

Le Bouddhisme côtoyé en Mongolie mène naturellement mon esprit au Népal. Du Népal, c’est la longue marche de Priscilla Telmon qui le conduit à envisager … l’Inde.

Parcourir ce pays si peuplé, quelle idée ?
Cela semble aller à l’encontre de mes aspirations naturelles : fuir la foule. Mais … supposons un grand voyage à travers l’Inde utilisant cet incroyable réseau de chemin de fer pour sillonner un triangle Dehli – Bombay – Calcutta – Dehli, en parfaite immersion.

J’aime l’idée de ce fil conducteur qu’est l’Indian Railway !

ooty1

Shyam Indian Railway Page

Et puis, il y a un archipel, plus proches de nous, qui me tient à cœur depuis presque 2 ans : Le Cap Vert, chapelet d’îles au large du Sénégal.

A la recherche d’une île plus ou moins accessible (sans trop de passage), qui laisserait la part belle à la nature et où l’on pourrait (plus ou moins) se fondre parmi les habitants : Santo Antão, île volcanique s’impose !

La petite famille de “Si d’aventure, à la voile” en parle dans un post du 22-01-2009 et aborde un élément décisif … le grogue !

Reprendre mon sac à dos et randonner sur les sentiers muletiers s’insinuant profondément dans les montagnes, sur les flans des aiguilles de basalte vertigineuses ou surplombant l’océan …
Rien qu’une pensée pour le village de pêcheurs de Cruzinha da Garça ravive mon entrain dans la grisaille de l’hiver.

Et si le vent se laisse apprivoiser … voler en parapente ? Avec ce relief particulièrement accidenté, les atteros ne doivent pas être légions.

cap-vert_santo-antao_cruzinha-da-garca_2

Photo de Mathieu Mouillet

Malgré tout, la Mongolie est toujours en mémoire et parcourir les steppes de l’ouest à cheval est une éventualité qui ne se lache pas comme ça.

Le nerf de la guerre reste l’argent et me sort rapidement de ma rêverie.

Mais à bonne école de mes écrivains de voyage, je commence à comprendre qu’il faille vivre pleinement quoi qu’il en coute, bien que l’on doive forcément s’acquitter du prix par la ensuite (financier ou non ;) )

Mes errances deviennent de plus en plus réalistes …
Ça commence à sentir bon le voyage !

**************

L’Atlantique comme parenthèse, Santo Antao, 03-01-2009
Madeo avec Antoine & Hélène, Cap Vert: île de Santo Antao, 18-12-2003

La Chute du Mur

Il y a 20 ans …

… je ne peux pas le croire.

Une tranche d’histoire vécue dans mon salon à travers la boite à image. Je me souviens, comme si c’était hier, de l’euphorie médiatique incroyable et retentissante.

Pour moi qui suis née avec le mur, qui ai appris que derrière le rideau de fer se trouvait l’URSS, passer les frontières pour boire dans les bars de l’Allemagne tout juste réunifiée ou fouler le sol du petit frère soviétique (La Mongolie) a un sens que les moins de 20 ans ne peuvent pas … concevoir.

Priscilla Telmon

Comme un parcours initiatique …
Plus mes pas approchent les chemins d’une philosophie liée au voyage, plus je découvre des personnages fascinants qui à travers leurs périples développent leur humanité, leur esprit d’aventure et leur cheminement intérieur.

Ce dernier voyage en Mongolie m’a rendu plus perméable à ce qui touche l’Asie Centrale. Je pose donc naturellement les yeux sur la réalisation de “Voyage au Tibet Interdit”. Ce périple en solo de 5000 km à pied par Priscilla Telmon retrace  celui d’Alexandra David-Néel et du moine Aphur Yongden qui parvinrent à entrer clandestinement dans Lhassa, en 1924.

tibet

Mais la demoiselle, alors compagne de Sylvain Tesson, est celle qui parcouru avec lui à cheval, les Steppes du vieux Turkestanen, en 1999. Tous deux membres de la Société des Explorateurs Français.

Décidément, depuis Mars dernier,
ma vision de l’essentiel devient de plus en plus claire et dense.

***************
Priscilla Telmon, au Tibet interdit. Carnets d’Aventures Magazine, 08-05-2006 (Article de Johanna Nobili publié dans Carnets d’Expé n°3)

Ange est rentré plus vite …

Bien qu’ayant fait le même voyage, nous n’avons pas vécu la même intensité. Nous ne cherchions juste pas le même périple …

… l’essentiel étant d’être comblés.

mongolie2-176bis

Partie rencontrer des gens … La réponse fut au delà de mes espérances. Il a fallu un regard souriant, un fagot de bois à porter, un sceau d’eau à chercher, une vaisselle à essuyer, un delco à nettoyer, un ballon pour créer autant d’opportunités d’échanger. Pas de grandes conversations philosophiques, mais la barrière de la langue n’est pas incontournable !

Partie pour me dépasser physiquement et remettre en question le confort quotidien … On ne peut mieux faire, en laissant l’adrénaline de coté pour une fois ! Dune immense pour ouvrir les festivités, tourista, lit de planches et quelques nuits froides, mets typiques, 4×4 russes aux amortisseurs rudes, douche quand il y a de l’eau, randos + ou – faciles, le but étant de profiter (photos obligent) et de finir en meilleure forme chaque jour.

Partie pour comprendre une culture, une façon de vivre, une religion …  Après une familiarisation à la langue et à l’alphabet cyrillique, j’y suis encore à fouiller pour comprendre l’histoire/politique (qui s’est produite alors que la télé de mes 14 ans ne parlait de rien), à explorer le bouddhisme avec ses bonnets jaunes ou rouges, à être tentée par un peu d’équitation pour chevaucher aux cotés des cavaliers des steppes.

… le Capsicum n’est pas linéaire et il s’en félicite !
Même si la dérision du retour est propositionnelle à l’extase.

Encore sous influence …

Un coup d’œil à ma gauche, absorbée par la conversation : 3 grands moulins à prières comme à l’entrée d’un temple …

… euh, non, 3 bouteilles de gaz dorées.

Улаанбаатар

Ulaan baatar
31 Juillet 2009

De nombreux clichés sur la capitale à l’esprit, à peine avions-nous posé le pied à Ulaan Baatar que j’avais hâte de partir vers l’immensité.

C’était d’ailleurs le programme prévu. Transfert de l’aéroport pour prendre le transmongolien vers le sud. Sur le chemin de la gare, une mégapole impressionnante grouillant de 4×4 se développe. Les véhicules roulent à droite mais leur volant est tantôt d’un coté tantôt de l’autre selon le marché d’importation. De grands panneaux publicitaires ponctuent les bas cotés.

Les grands axes sont ornés de constructions neuves, quelques résidences surveillées affichent leurs grilles et leurs vigiles. Le trafic est dense et parmi les piétons, les femmes sont particulièrement coquettes et classieuses. L’irrégularité du pavé n’empêche pas les talons hauts !
L’architecture communiste côtoie les constructions récentes néo-gréco-romaines.

Une fois dans le train, les banlieues défilent et les palissades apparaissent cachant les yourtes du regard. Au loin, le portrait de Chinggis Khan se dessine sur la colline pendant que les gares multicolores ponctuent la voie.
Nous nous éloignons.

05 Aout 2009

Après une semaine de désert, nous revenons à la civilisation avant de repartir dans les steppes de l’Ouest.

Le temps de ravitailler, la découverte de la ville tentaculaire se fera au pas de course entre la place centrale où trône le héros national (Chinggis Khan), la poste, le magasin d’état qui n’a rien à envié à l’occident et le fameux marché où les locaux trouvent tout ce dont ils ont besoin à des prix plus raisonnables. La phobie du pickpocket développe une certaine paranoïa chez les européens qui s’accrochent à leurs sacs.

La cuisine locale est à mon goût … ce que je regretterai amèrement dans la nuit …

Il nous faut bien 45min pour rallier le camp de yourte d’une banlieue calme d’Ulaan Baatar où nous rechargerons les batteries. Sur le chemin, l’horizon est toujours bouché par une palissade de presque 2m. Derrière les lattes de bois, quelques petites maisons, mais surtout des yourtes.

L’appel des grands espaces me fait gravir avec ma comparse la colline, en surplomb, d’où nous découvrons une étrange scène probablement en rapport avec le chamanisme. (Notre présence n’étant manifestement pas la bienvenue, nous gravirons la butte en n’en menant pas large.)
De là haut, une multitude de petits carrés ponctués de blanc ou de couleurs très vives (les toits des maisonnées) tapissent la plaine. Beaucoup parlent de « bidonville » pour qualifier ces banlieues de palissades mais c’est propre et simplement économique d’habiter une yourte.

Certes cet habitat est un symbole du nomadisme et les voir ainsi parquées est plutôt anachronique, mais la plupart des familles ne semble pas vraiment souffrir de la situation.

Beaucoup d’éleveurs ont quitté les pâturages dans l’espoir de trouver une vie plus facile à la ville. Or Ulaan Baatar ne fournit pas autant de travail que nécessaire pour toute cette migration des campagnes. Le chômage encourage la délinquance dans certains quartiers.

Sans compter les terrains habités non stabilisés qui provoquent, comme quelques semaines auparavant, des glissements de terrain qui ensevelissent les yourtes malheureuses.
On dit que du coup, beaucoup de mongols de la ville repartent dans les campagnes pour reprendre l’élevage.

D’un autre coté, Ulaan Baatar est un grand centre culturel, mettant notamment à l’honneur la musique traditionnelle où cette viole au manche à tête de cheval, le morin khuur, joue un rôle central, ainsi que le magnifique et spectaculaire chant diphonique qui vous fait frissonner à 4m de l’interprète.

Dès la tombée de nuit, les chiens orchestrent leur concert qui ne s’arrêtera qu’au lever du soleil.
Au matin, nous nous échappons pour retrouver nos 4X4 russes, les pistes poussiéreuses et les troupeaux.
Absolument pas en forme, j’aurai absorbé ma consommation annuelle de coca en 24h.

18 Aout 2009

Ce n’est que 2 semaines plus tard que nous reviendrons à la capitale.
L’effervescence y est toujours aussi violente quand on revient des steppes, même avec l’impatience de découvrir le Monastère de Gandan et le Musée de l’Histoire Mongole.

Le long de la route, en pleine ville, les belles dames côtoient les chèvres à vendre, les véhicules forcent le passage. Nous ne retrouvons pas la yourte qui avait attiré notre regard installée dans un immeuble en construction. Vendue …

Pour conclure …

Ulaan baatar vit à l’heure des grandes capitales bien vivantes. Plutôt moderne, elle est victime de son attractivité et gère difficilement une telle concentration de population. La technologie et les belles voitures sont aussi présentes que la pauvreté. L’ancienne endormie du grand frère communiste s’est largement réveillée depuis 20 ans.

Loin des faubourgs affligeants imaginés, les habitants ne sont certes pas riches mais les yourtes restent un moyen simple d’avoir un toit au dessus de la tête. Rien de choquant pour moi. L’esprit nomade libre n’a pas encore disparu vu le capharnaüm des carrefours …

Le 21ème siècle voisine avec les habitudes des années 40 à la lueur des magasins containers, des officines automobiles et des petits cireurs de chaussure alors que presque tous ont le satellite. Le tourisme est devenu une industrie en pleine expansion et le centre de la ville un vrai quartier d’affaire.

Même si les citadins deviennent aussi individualistes que les occidentaux, certaines arrières cours rappellent les villages de la steppe. Il n’est pas rare aussi de cumuler plusieurs emplois pour gagner sa croute.
Bien que le rythme à Ulaan baatar soit un peu fou, j’y ai retrouvé cette potentielle capacité à s’investir dans des projets, même modestes. Il y a encore des chemins à explorer.

Finalement, bien qu’un peu irrationnelle et brouillonne, Ulaan baatar recèle de trésors insoupçonnés. Mais comme partout, il faut avoir quelques connaissances/amitiés locales pour les découvrir.

Je reste frustrée par le manque de temps …
pour appréhender plus en détail un pays de cette ampleur.

Photos à venir

Namjilyn Norovbanzad

1er Aout 2009
Gurvansaikhan (Dungobi)
Mongolie

Au coucher, le soleil rend les blocs de granit plus orangés. Le désert se rafraichit, nous rêvons à demain.

100_1044bis

La première nuit sous la yourte a été confortable, dans nos duvets -5°C. La pierre qui se balance entre les poteaux nous rappelle que la coutume interdit de passer au centre de la yourte.

img_3089bis

Nous commençons juste à nous connaitre et ce petit déjeuner est l’occasion d’échanger quelques civilités ou plaisanteries.

Ce matin, nous attaquons le vif du sujet : randonnée au milieu de ce décor de cinéma. Le pas est leste et les confidences commencent au rythme de chacun. Les nids de rapaces sont facilement identifiables aux bandes blanches de déjections qu’ils laissent sur les rochers.

img_3115bis

Comme des enfants nous ne résistons pas à escalader les rochers et en profitons pour capturer le panorama. Le surplomb découvre les mêmes couleurs enchanteresses de la vallée des vents des Olgas (Kata Tjuta) en plein milieu du désert australien. La roche est pourtant différente. Ici, elle sort du sol par bouquet de pics arrondis. Parfois un énorme œuf de pierre trône comme poli par les siècles.

100_1060bis

Au loin, un arc de cercle blanc attire l’œil. Notre ami des steppes attise notre curiosité en gardant le silence …

En avançant encore, nos regards s’arrêtent sur une concrétions, support à l’imagination, ou sur quelques points blancs qui se dessinent au loin. Magnifique nulle part pour installer sa yourte …

mongolie-09-2009-074bis

La température augmente, l’arc de cercle s’approche et se distingue nettement maintenant. Après une petite matinée de marche, nous découvrons enfin qu’une sorte de dolmen se dresse au milieu de l’arche. Des inscriptions gravées en ancien mongol ajoutent au mystère.

img_3124bis

Cette pierre reprend le texte d’un chant traditionnel à la mémoire d’une artiste mongole, à la voix d’or, très aimée dans le pays. (Attention ici choc culturel !)
Norovbanzad est enterrée là. Le monument lui rend hommage au milieu de l’immensité … proche de là où elle est née.

100_1068bis

Après 3 petits tours d’Ovoo disciplinés, histoire d’adresser une prière, nous rejoignons les 4X4 russes, bien garés en rang d’oignon sous une dérisoire pancarte P, comme parking … au milieu de ce site incommensurable.

S’en suit le ballotement de 240 km de piste
pour poser le bivouac sur les hauteurs
de Tsogt Ovoo.

Proverbe Mongol

Ne donne jamais cette terre, même si Dieu te le demande.

Mirage ?

La vie a repris son cours avec les mêmes espoirs, les mêmes horaires, les mêmes travers.

Je me sens juste un peu plus riche d’intérêt pour mon prochain (enfin pas celui qui roule à 30km/h, ni …), peut-être un peu plus proche de mon petit bonhomme, profitant de la chance de le faire pousser en douceur, encore un peu moins matérialiste, préférant vivre les émotions (même les plus simples) plutôt que de remplacer le combi-magnétoscope …
(Plus 2 tables et un lave-linge, en vente ! Comme une envie de faire le vide ! )

Et pourtant, j’ai l’impression de me réveiller d’un songe, où j’aurais rencontré un cavalier se grillant une clop au pied de l’Ovoo, surplombant le lac Ogii. Monticule de pierres sacré qu’il a mis 3 ans à constituer, au sommet de cette colline.

Quel nouveau projet dans lequel me jeter éperdument ?