Le putch de la lecture

Fin juin 2012, Petit Ginkgo (5 ans et 4 mois) décide d’apprendre ‘les autres lettres’ (celles qui ne sont pas bâton, les cursives quoi !) ; juste au moment où il quitte la pseudo moyenne section de maternelle pour 2 mois de doigts de pied en éventail !

N’écoutant que la théorie des périodes sensibles chères à Maria Montessori, Capsicum et Ange rattrapent donc leur retard sur la confection des lettres rugueuses entre un rendez-vous d’haptonomie et un accouchement.

Au retour du môme (5 ans et demi), après plus d’un mois et demi chez tous les grands parents, nous voilà à pied d’œuvre pour l’exploration de l’alphabet. Je me demande d’ailleurs quelle est la réelle motivation de cet enfant : ‘apprendre le sons des lettres’ ou ‘en mettre plein la vue à ses maitresses’ à la rentrée de grande section de maternelle. Peu importe, le résultat est là ! Il mémorise toutes les lettres cursives.

S’en suit donc la logique envie de lire, très rapidement frustrée car les maitresses en restent à l’écoute des sons. Il faudra qu’il arrive en larme à l’école un matin pour qu’elles décèlent enfin ce profond désir d’écrire des mots et de les lire, auquel il se voit répondre depuis des jours “ce n’est pas encore le bon moment !”.

Manifestement, fréquenter une école Montessori n’empêche pas la difficulté de dialogue et de compréhension enfant-profs-parents !! Et non, je ne suis pas une mère abusive qui pousse outrageusement ses enfants …

Une fois les chevaux lâchés, Petit Ginkgo s’en donne à cœur joie avec l’alphabet mobile. C’est à ce moment que Capsicum exhume le livre de lecture de son enfance pour offrir à Petit Ginkgo un support de lecture à son niveau.
Du coup, le gamin nourrit sa boulimie entre les billets de lecture de l’école et quelques pages de ‘Mico, mon petit ours’ à la maison. La régularité en plus, insufflée par votre dévouée Capsicum. Il faut bien battre le fer tant qu’il est chaud et du coup doser avec raison.

“Mais où sont passées les dictées muettes ??”
La directrice de l’école me toise alors, en m’affirmant que ce n’est pas conforme à la ligne Montessori Internationale. Mais où avais-je bien pu faire ma formation ?
“Comme vous … auprès de la Dame du Luberon qui fut l’élève de Mario Montessori !”
La conversation se rééquilibra instantanément.

Passons sur les commentaires inquiets de la mamie paternelle estimant que j’aborde des notions trop compliquées avec Petit Ginkgo et vous avez un enfant (enfin soutenu par ses maitresses) ramenant des dizaines de carnets de billets de lecture, fière comme un Pâpe de pouvoir lire les graphèmes complexes : an, am, ou, et, en, em, in, oi, etc

N’étant pas familière avec le cursus standard, je ne sais où se situe Petit Ginkgo par rapport à la norme française mais ce que j’ai constaté, c’est cette incroyable envie de déchiffrer.

Alors que j’étais interloquée l’année dernière de voir Petit Ginkgo ne faire que de la géographie, des expériences de physique et de la couture, me demandant si vraiment un jour, il aurait cette envie de jouer avec les lettres, le voilà porté par un élan irrépressible.

Hier à la bibliothèque municipale, l’enfant (6 ans dans quelques jours) cherchait même les premiers livres qu’il pourrait gloutonner seul. Quoique les autres en disent, ce n’est pas moi qui vais l’en dissuader …

Tout simplement magique !

Montessori … enfin au quotidien !

A peine revenue de chez Yvette, la Dame du Luberon, avec des tas de potentielles solutions … que je démarrais la fabrication de plusieurs matériels nécessaires à la progression de Petit Ginkgo. Savoir comment les enfants abordent les notions de quantité et d’écriture m’a rebousté pour mettre en application les connaissances acquises l’année précédente !

Dans le même temps, nous instaurions “La Classe” à la maison ! Quand je dis instaurer, il faut comprendre qu’au lieu de se faire à la petite semaine, sans brusquer, comme avant, les activités Montessori prennent leur place dans le déroulement de la journée.

- Petit Ginkgo a 3 ans maintenant il est temps qu’il soit un peu plus cadré dans son travail ! Il faut mettre en place un contrat avec lui : C’est 3 activités au choix à l’heure dite. m’avait répondu Yvette quand je lui confiais qu’en effet Petit Ginkgo était très réceptif à ces nouvelles découvertes mais qu’il n’allait pas spontanément les rechercher.

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Yes … !!!

La Dame du Luberon a compris à quel point je tenais à son enseignement !!

Very pleased !
Serait-ce mon premier Mentor féminin ?

La Dame du Luberon me lache !

Mon équipe Montessori s’écroule de tous les cotés …

Ne pas avoir fait le niveau II avec les filles m’a reléguée aux oubliettes, et voilà maintenant que la Dame du Luberon m’annonce que le stage pour lequel je m’étais inscrite est complet, moi non comprise ! C’est l’effondrement.

Il y a comme un couac dans la procédure … à mon désavantage.

L’environnement fait le reste …

Difficile de décrire cette aventure Montessori …

Pendant que mes acolytes se font le niveau 2 à Saint Cannat, et bien moi, je mets en pratique ! Et vous le croirez si vous voulez, mais le chemin est plein de rebondissements …

Étendre la nappe foncée soulevait des plaintes à la limite de l’hystérie. Comment ? Surtout pourquoi  … une si violente réaction de répulsion ?
Pourtant sans obligations, sans cris, sans grosses contraintes, j’avais bien observé Petit Ginkgo, pour lui sortir de mon chapeau quelques plateaux répondant à ses aspirations.
A la limite de me lever à 6h du mat pour donner un coup de fil à la Dame du Luberon … afin d’obtenir quelques conseils.

D’un geste souverain de la main, la nappe vole au sol.
Le petit gars s’apaise, intéressé par un nouveau cadre à gros boutons.

Quelle formidable magie !

Du coup, Petit Ginkgo est allé cherché activités après activités, pendant une bonne heure …

L’activité Montessori est en standby …

Manque de place, étagères non adaptées, du mal à bricoler, difficultés à trouver des plateaux, etc.
Du coup la fabrication du matériel est aussi en arrêt.

Le tout alors qu’en ce moment, je ressens Petit Ginkgo en demande profonde d’apprendre. Il suffirait de prévoir une période définie Montessori, en rentrant de chez Nanou et de lui faire les présentations en bonne et due forme.

J’ai pourtant la clef mais n’arrive pas à la mettre en place. Du coup, à force de ne pas mettre en pratique, j’ai l’impression d’oublier tout ce que j’ai appris chez la Dame du Luberon.

Il faudrait prendre les choses à la manière d’un projet avec des objectifs et des deadlines précises pour suivre la progression. En cessant de se triturer les neurones à propos de l’avenir.

Pas simple de compter sur moi !

La dame du Luberon …

Quand vous la croisez, vous rencontrez une petite femme de caractère, droite, souriante quoiqu’au visage un peu autoritaire. Elle fut certainement une belle demoiselle, aux cheveux ébènes.

Elle esquive ma question de son parcours et de ses choix. Je comprendrais plus tard qu’elle a pris l’habitude de s’appuyer sur des moments de vécu pour illustrer son propos, de se rappeler ses élèves par leur prénom pour que leurs expériences, leurs comportements étayent son argumentation. De ses paroles s’échappent une profonde admiration pour son mari qui l’a mené sur d’autres chemins de réflexion. Elle nous rappelle, au passage, qu’il faut “soigner” l’homme !

Créer le mystère fait parti des meilleurs moyens d’acquérir une attention sans limite. Nous sommes pendu à ses lèvres car tous ses mots sont choisis et pesés, forme personnelle d’expression ou symptôme d’une longue expérience de transmission du savoir.

Le respect émane de cette personne qui a les valeurs de la terre et l’ouverture d’une riche instruction. A la distribution du bon sens, elle a été resservie.
Tout d’abord concentrée sur ce que tous attendent (le matériel), elle laisse la confiance s’installer avant d’énoncer quelques vérités, parfois dérangeantes, sur nos comportements maternels actuels.

Exigeante, elle a pour mission de transmettre l’enseignement comme elle l’a reçu de Mario, le fils de Maria Montessori.
Il n’est pas seule question du matériel. Le respect, les interdits fermes mais limités, l’observation de l’enfant, la retenue, l’activité spontanée de l’enfant doivent guider l’éducateur  dans son enseignement et dans son attitude.
Ensuite, en effet, la forme du matériel a un sens, et la présentation de celui-ci est un pilier pour guider l’enfant.
Brique après brique se construisent les fondations d’un être équilibré, heureux de faire et d’apprendre par lui-même, sans que l’adulte ait besoin de le complimenter ou l’arrête dans ses élans de connaissance et de compréhension.

Je garde ce qu’elle cite de Gandhi : “2 heures d’enseignement par jour, le reste du temps sur les pas des parents

Très fine, elle a su trouver les encouragements
qui me font si souvent défaut dans ma vie d’adulte.

La Source

L’enveloppe est partie …
Voilà que je m’inscris à un stage Montessori qui me coute aussi cher qu’une année en fac de psycho, à distance. Et dire que j’ai repoussé l’idée de la première année de psycho parce que c’était un peu cher pour le temps que j’avais à y consacrer !! Va comprendre Charles …