Les années se suivent mais ne se ressemblent pas.

Il y a un an, nous descendions l’un des chemins de pierre, les plus casse-gueule de L’Ile, la Ribeira Torre, dans un brouillard à couper au couteau. Passé le nuage, nous mangions sur la terrasse improvisée d’une dame qui torréfiait son café dans une casserole sous l’œil attentif de sa mignonne, alors que son fils profitait de la pluie pour balayer le toit plat de la maison. Il faisait chaud et très humide.

Des cultures en terrasses et de petites unités de fabrication de grogue, le rhum local, dont nous repartions un bout de canne à la bouche pour se donner des forces pour la suite. Le rhum nous aurait coupé les jambes ! (Ce qui ne m’empêcha pas de le gouter !)

Bien plus bas, les travaux allaient bon train. Les sacs multicolores des ouvriers accrochés aux aspérités du mur créaient un superbe tableau sur ces parois destinées à contenir les torrents d’eau à la saison des pluies.

L’Ile nous avait déjà envoutées à force de parcourir ses plus ardus chemins, depuis 10 jours, à la rencontre d’habitants souvent sincères, parfois troubles mais jamais méprisants.

Que reste-t-il une année plus tard ?

Des images compilées dans un livre, un sentiment d’inabouti, une confusion des genres mais des souvenirs forts, une remise à zéro de l’échelle des valeurs, une musique très reconnaissable et de délicieuses saveurs de maracuja et de garoupa grillé.

Yamore !

Hommage à Cesaria Evora.
Sa voix est toujours bien présente.

Duo avec Salif Keita

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Histoire ordinaire … entre Nord et Sud.

Cela commence au printemps par un voyage avec son mari dans de magnifiques îles arides de l’Atlantique. La cinquantaine n’a en rien entamé sa capacité d’émerveillement, d’une intelligence affutée, la belle a mené jusque là sa vie trépidente, avec lucidité et entreprise. Elle danse, elle s’amuse dans cette ambiance rythmées par les percussions.

Le séjour n’aura pas été long dans cette île montagneuse de toute beauté. Tout au plus 3 jours, le temps d’une belle randonnée, d’une danse et d’une innocente discussion avec un gars du coin, autour d’un punch. La belle s’envole vers une autre île, avec son mari.

En dur – L’île (Juillet 2011)

Un soir oppressée par un endroit touristiquement détestable, le téléphone à la main, elle compose le numéro de l’homme sans trop chercher pourquoi. La voix masculine est ensoleillée, voire enjouée. Dès lors ils s’appelleront tous les jours pendant 2 mois 1/2 avides de créer plus qu’un lien.

De l’affection entre elle et son mari, il y en a, mais les épreuves passées ont peut-être réduit leur relation à cela. Son époux n’est-il pas plutôt devenu son meilleur ami ? Les enfants approchant la trentaine, il est temps qu’elle vive pour elle. Revenir sur l’île pour vivre sa nouvelle complicité l’obsède donc. Elle n’aura de cesse que de s’imprégner de cette culture afro-portugaise.

L’été approchant, elle met dans ses valises le nécessaire pour 5 semaines de mer et de montagne ; des affaires qu’elle offrira ensuite en partant, ainsi que quelques cadeaux bien réfléchis.

L’exaltation de l’inconnu l’emporte, avec fébrilité
mais sans trop l’ébruiter, elle part le rejoindre.

Dans ce village de pêcheurs, il lui fait découvrir une vie simple et avenante, entourée d’enfants et d’une famille parfois en demi-teinte. Elle ne s’était pas trompée, l’union est plutôt réussie. Même si l’homme est par moment péremptoire et ténébreux, sa convivialité et sa passion sont sans commune mesure. Elle ne saurait rien lui refuser.

Grâce à lui, l’amoureuse se frotte à la rude vie des … Read more »

Antandroy

Le team F.ONE partage 24 min de magnifiques images capturées à Lavanono (Sud de Madagascar) par Band Originale.

Mika Fernandez, le cap verdien Mitu Monteiro et Robinson Hilario
en pleine action.

103a

Il est une île, la plus au vent de l’archipel, que l’on n’atteint que par bateau. Un petit trésor strié de ribeiras.

Au détour d’un jardin d’altitude, il est plus aisé de comprendre quel confort est le notre au quotidien.

Santa Isabel est un petit verger pavé, aux maisons de pierre et aux toits quadrillés de feuilles de canne à sucre. Ici, l’agriculture est seule subsistance car tout transport passe par les chemins muletiers alors que les Toyota Hiace parcourent, pour qui veut, la vallée de l’autre versant.

Un contraste de vie saisissant à un pli de terrain près.

Alors, pas après pas sur la crête qui déroule son chemin pavé jusqu’à la mer, la beauté des cultures, qui sculptent la montagne en terrasses, envahit l’esprit et le coeur.

Dévalant la montagne sur un rempart, le camaïeu de verts imprègne la rétine at vitam eternam. Un lyrisme probablement en rapport avec l’acharnement à trouver le bon chemin, à la boussole …

Aveugles au vide, c’est en débouchant du couvert des pins que la vue est littéralement à couper le souffle.

Ce pays commence vraiment à imprégner mon être.

**********

Distorsion de l’espace-temps

10h15, le soleil est déjà chaud aux pieds des serres du Parc de la Tête d’Or.
Les joggeurs s’activent encore et je souffle après mon entretien à deux pas. Une demi-heure à flaner au milieu des plantes avant de reprendre le métro pour aller chercher Petit Ginkgo à l’école. Les horticulteurs sont à plein régime mais n’entament pas la quiétude du lieu. Les oiseaux chantent.

Le souvenir du bruit omniprésent du ressac sur les rochers obsède mon esprit comme à l’aube de ce jour étrange sur L’île. Des images syncopées, des odeurs, des mots se bousculent dans ma tête.

A chaux – L’île (Juillet 2011)

5h28, le vacarme de l’océan emplie ma chambre. Autant sortir …

Les pêcheurs préparent leur journée. Appas, lignes, hameçons, plaquettes sont rangés dans des pots de margarine blancs et heureusement désaffectés. Chaque patron ramène sur son épaule le moteur de la barcasse alors que son équipier vérifie les dames de nages, deux petits bâtons à planter sur le liston.

L’envie de les accompagner, au soleil levant, me taraude mais ce sera pour bientôt. Ils l’ont promis. Pour l’heure, il est bien trop tôt pour que mes notions de portugais se réveillent. Nous en rirons plus tard.

Les barques multicolores passent la barre de vagues sans encombre. Leur journée de travail commence alors que je reste assise sur le muret en attendant qu’ils deviennent de minuscules points indiscernables sur l’horizon.

Le soleil commence à taper aussi fort que ce matin sur mon banc lyonnais.

Sont-ils en mer à cet instant précis à guetter
la tension du fil entre deux oscillations de la houle ?

Manhe Joana

Miss rythm and smile …

Mamai tudu ki N ten
Tudu ki N sabe tudu ki N fase
Mai N ta dal pa bo
Pa konpensa kel ki bu dam

Mamai tudu ki N ten
E amor i kurason
El e nha rikéza
Grandi eransa ki bu dam

Bu kriam na un mundu paraizu
Xeiu di amizadi i karinhu
Bu nxinam sinplisidadi


Eh mamai Juana

Xintadu la na kasa
Ta fase papa ma katxupa

Txeu bijin na rostu bu dam
Lote na polpa ka faltam

Kafuné (kritxe) na kabésa
Oi oi mamai Juana
Eh mamai Juana

Cordas do sol

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Surréaliste …

Si on m’avait dit que Petit Ginkgo ferait du patin à glace avec un ami vivant entre tropique et équateur, je me serais bidonnée ! Et pourtant …

N’empêche que ce n’est plus de mon âge, ces conneries. J’ai le poignet en compote et le séant tout talé, ce matin. ;) La récompense vaut le coût : réussir à peu près à me retourner en plein mouvement pour patiner en marche arrière !

Une grande première pour quelqu’un qui ne se souvient
même pas quand elle a patiné pour la dernière fois …

Oups … parait qu’il faut que je bosse !

Le Cercle Rouge

A l’image de cette citation de Rama Krishna qui ouvre le film de Melville du même nom :

“Layamuni le solitaire dit Sidartagantama le sage dit le Bouddha se saisit d’un morceau de craie rouge, traça un cercle et dit : Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge,

la vie apporte à Capsicum une fortuite rencontre.

Vers le cova – L’île (Juillet 2011)

Décidément, L’île n’a pas dit son dernier mot.

Un bateau de plus …

Les yeux tournés vers L’île, bloquée à la grille de la marina de Mindelo, gardée comme une résidence de standing, je prends conscience d’un sentiment qui ne m’a pas quitté depuis que mes pieds ont foulé le sol de Soa Vicente : l’impression de repérer les lieux pour une venue ultérieure.

Les cargos ancrés dans la baie de Mindelo aiguisent mon imagination. A l’image de Rodrigo, ce vieil homme qui nous accosta près du marché aux poissons pour nous conter son passé de marin au long cours, je me demande qui sont les équipages de ces navires colorés, piqués de rouille.

Un rien de Les Marins Perdus me revient.

Alors au large du Sénégal, en plein Atlantique, il y a encore et toujours … un ailleurs, plus loin.

‘Breakdown’ au dessus de l’Atlantique !

Après avoir avalé un plateau à la saveur très ‘discutable’, le soleil a disparu au dessus des nuages, laissant le microcosme aérien sombrer peu à peu dans le sommeil. Assise entre Elle et un inconnu, j’essaye avec peine de trouver ma place, histoire de prendre un peu de repos après un premier vol et une longue escale dans la capitale lusitanienne.

Soudain, je sens son bras gauche bouger nerveusement. Le mouvement saccadé me sort aussitôt de ma torpeur. Des convulsions ! Mummy convulse ! Les yeux fixes, la bouche ouverte, les bras et les mains fébriles, elle se raidit de plus en plus. En un centième de quart de seconde, mon seul but est de la sortir de cet état inconscient.

Les claques semblent être la première meilleure réponse à la situation alors que mon cerveau reprend avec empressement la chronologie détaillée des évènements qui nous ont portées à bord de cet avion. Pourvu qu’elle m’ait dit la vérité concernant ce soupçon d’AVC, il y a 5 mois et la permission des médecins de partir dans un pays si reculé.

Mais rien n’y fait. Les convulsions continuent et j’ai de plus en plus peur qu’elle s’étouffe avec sa langue. Voilà maintenant de longues minutes qu’elle est inconsciente et si je la perds maintenant, j’en connais un qui m’en voudra toute la vie. Mais pourquoi l’ai-je emmenée dans mes errances de routarde boboïsante ?

Effarée de devoir utiliser la formule consacrée, j’appelle donc un médecin dans l’assemblée, réveillée par le claquement des gifles et ma voix répétant de plus en plus fort : “Mummy revient, Mummy réveille toi. Tu m’entends ?”. Parallèlement à ma détermination de ne surtout pas perdre la partie, j’observe l’absurde de la situation, telle une scène de ces films de catastrophe aérienne que j’affectionnais tant étant petite.

Son regard est toujours fixe et derrière sa bouche bloquée, j’ai l’impression qu’elle gémit comme si elle était murée dans son propre corps. Le voisin finit par laisser sa place alors qu’elle commence à vomir. Je me demande ce que font les hôtesses au lieu de m’aider à l’allonger sur les 3 sièges. 10 000 mètres d’altitude au dessus de l’eau à 3000 km de chez soi, ce n’est pas un endroit pour mourir.

Non, NON, ce n’est pas possible !

Sa capacité respiratoire semble toujours fonctionnelle mais son poul est de plus en plus filant. Putain, si ça doit durer encore longtemps, soit c’est la fin, soit il y aura de graves séquelles. Comment la sortir d’elle-même ? Haussant le ton, et giflant à tour de bras, j’enrage intérieurement contre le sort.

C’est à ce moment précis que ses yeux se raccrochent à mon regard et que ses mains se reposent enfin sur ses genoux. Aussi paumée qu’épuisée, elle me demande ce qu’il se passe. Oh, merci, merci, merci, je ne l’ai pas perdue … Mon premier réflexe est de lui faire lever les deux bras simultanément. Le bras gauche n’est même pas à la traîne, son visage semble symétrique et sa locution est normale.

Tous les regards sont fixés sur nous, mais qui peut imaginer ma joie (très vite contrastée par la peur que cela se reproduise) ?

Après la bataille, une femme médecin et une infirmière rappliquent enfin alors que l’hôtesse me propose un masque à oxygène. Elles ne font pas plus que m’écouter relater la situation. Le tensiomètre automatique, enfin retrouvé au fond du sac, relève une tension anormalement basse. Ce qui n’a rien d’étonnant.

Bien qu’elle soit revenue à elle, ce n’est pas la grande forme. Les effets de la crise ne s’effacent pas en un claquement de doigt. L’A320 atterrira bientôt à Sal, en pleine nuit, et je ne peux décemment pas faire dormir ma mère dans l’aéroport (comme prévu) en attendant le lendemain qu’un bimoteur nous mène sur Sao Vicente. Il faut absolument trouver un hôtel afin qu’elle se repose et que je statue sur la suite à donner à l’aventure (initialement censée nous mener randonner dans les montagnes de L’île).

Le rapatriement d’urgence est à un numéro près.

40 min plus tard, une chaise roulante nous attend sur le tarmac de l’aéroport de Sal. Nous passons facilement les contrôles frontaliers malgré leur hésitation devant mon passeport non-biométrique. La mauvaise nouvelle, c’est que les deux distributeurs d’argent sont vides. Pas d’escudo pour payer une hypothétique nuit dans un vrai lit. Il est pourtant essentiel que Mummy fasse relâche, en attendant de voir un médecin.

Dans notre galère, le bureau de change ‘mal aimable’ est tout de même ouvert. Pour un premier contact avec le pays, c’est décidément glauque.
Peu rassurée dans le taxi, l’hôtel le plus proche fera donc l’affaire, même s’il est hors de prix pour une arrivée à 2h du matin !

Je passerai le reste de la nuit à l’écouter respirer …
et à moi-même vomir ce ‘plateau du diable’ !

Passée la stupeur et après analyse des paramètres de retour en métropole, cet étrange épisode se révèlera être un ‘simple’ malaise vagal convulsif lié à la fatigue et au stress des heures précédentes, à l’inquiétude de l’inconnu, la chaleur étouffante de l’avion et à l’action combinée d’un traitement contre l’hypertension et de deux comprimés d’aspirine.

Impressionnant avec le passif et dans ce contexte particulier.

Kala Kala

 

Vovô manda dze pa bo para
K’ es ta prei ta spia katxor pa kondena
I bo k’ex mania d’protesta
Ja bo ta na lista
Manda pa inforka

O mose kala bo bike
O mose kala kala

Kala kala k’es ta mandobe pa inforka

Kala bike nunka e nha léma
Proteste sin e nha vitoria
Pa ilimina kolonialisme
I liberta maman Afrika

Uiee
D’ingnoransia
Analfabetisme

Cordas do sol

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La Chaleur de la Nuit …

Elle grimpe comme un cabri. Aussi svelte soit-elle, la pente ne lui fait pas peur. Magnifique Antoñita est aussi coquette que ses cousines, selon un raffinement très européen (quel est-ce au juste ?). Armée d’un brillant à lèvre et d’une cambrure aliénante, la belle est plus endurante qu’un alpiniste surentrainé.

Mais son vrai charme est ce sourire à toute épreuve. L’effort semble glisser sur elle comme les embruns sur les cirés jaunes des pêcheurs. Quoiqu’il arrive, la bonne humeur de sa jeunesse assurée anime ses yeux clairs.

A 21 ans, la vie est prometteuse.
Mais attention, pas question d’avoir 8 enfants comme sa mère. C’est bien trop de préoccupations et trop d’argent. Ah, ça non !

par Philippe Fassier

Cependant, les hommes d’ici sont bien trop ‘quente pour renoncer à gouter le soleil sur leur peau.

Oh, elle n’est pas naïve. Elle sait bien qu’ils ne peuvent s’empêcher de jouer la carte de la séduction. Demain ou dans quelques jours, il en enjôlera une autre. Mais pourquoi se flageller ?

Ce soir, elle s’enivre des courtoises attentions de celui qu’elle a choisi. La musique est trop entrainante, ses bras trop solides, son regard trop pétillant et son sourire trop complice pour l’ignorer. Elle se laisse donc cueillir par une alchimie irrésistible entre une taf de piri-piri et un rythme de coladeira collé-serré. Remarquables préliminaires.

Accident ou inconséquence, pourvu que cette nuit brulante n’ajoute pas une âme à sa charge. Antoñita a déjà assez de travail avec …

… ses deux petits anges de 4 ans et 9 mois,
qu’elle assume seule.

Entre fantasme et réalité …

“Franchement, c’est déprimant ces maisons à moitié construites. Et puis les moellons apparents … Ce sont des endroits qui reçoivent des touristes tout de même. Ils pourraient au moins passer un coup de peinture !”

La bouche en cœur, voilà ce que m’affirma
cette quadra passant 3 jours sur L’île

La différence avec les européens, c’est que les gens de ‘L’île’ ne vivent pas au dessus de leurs moyens. Leur maison n’appartient pas à la banque pour des sommes incroyables, qu’ils mettront toute une vie à rembourser. Ils vivent avec peu de moyen et un confort très limité. Alors s’ils prévoient les fers à béton apparents, c’est pour monter un deuxième étage quand ils en auront l’argent.

La plupart des habitants de la pointe vivent de la pêche … Or avec le temps, les quantités de poisson ont drastiquement diminué.

Peu d’entre eux reçoivent un salaire mensuel et chacun se démène pour trouver des revenus complémentaires afin de nourrir convenablement leur famille … alors la peinture !

Les jeunes sont déjà écœurés des millions dilapidés en campagne présidentielle tonitruante alors qu’il n’y a pas de fond, ni même de plan, pour aider à l’emploi de cette majorité de la population … alors la peinture !

Et puis muséifier une ville pour le bonheur des touristes est la première pierre vers l’implantation des complexes hôteliers, le tourisme de masse et ses papiers gras. Les îles voisines qui avaient des plages à sacrifier au dieu ‘Tourisme’ en ont fait l’expérience. Ensuite, l’endroit devient trop cher pour les familles locales reléguées à plusieurs kilomètres mais dédiées aux caprices de cette nouvelle activité qui consomme du surfait.

N’apprent-on jamais des erreurs passées, même surtout à l’heure et à l’échelle de la mondialisation ?

Le tourisme est en effet un moyen de vivre mieux sur L’île et d’employer les jeunes et les moins jeunes. Incontestablement il se développera de plus en plus. Mais pourvu que ce soit avec mesure et discernement …

… et pas simplement pour un profit dévastateur répondant
uniquement aux desideratas visuels de simples d’esprit.

Société de Consommation

Contraste dérobé …

… sur plage de sable noir.

M+5 – Praia Lisboa, L’île (Juillet 2011)

Instant de grâce

Vivre l’instant et écrire est parfois difficilement compatible, mais je m’y suis astreinte comme pour me prouver que j’étais capable de me soumettre à une discipline personnelle dans ce tourbillon de découvertes. Les instants s’imprègnent en soi pour n’en laisser que la substance, la saveur et l’irrationnel. Cependant après quelques temps, les détails s’évaporent et le carnet de voyage permet de conserver la compréhension logique des évènements.

Alors que le village vit au ralenti à cette heure de la journée devenue si chaude, je griffonne sur la table multicolore. Je sais pertinemment que si je m’assois sur le muret surplombant l’océan (ma place favorite !) immanquablement quelqu’un viendra taper la discute. Non pas que cela me gène, bien au contraire. Mais à défaut de sieste, l’objectif est d’au moins coucher sur le papier les rebondissements qui ont conduit à notre retour parmi les pêcheurs, avant d’en oublier la chronologie.

M…., E…, J… et D….

Trois jolies jeunes filles jouent à la balle dans la ruelle qui mène à la rue principale. Elles se passent cette chaussette rembourrée selon des règles qui m’échappent encore. La chaleur ne parait pas les affecter alors qu’elles croisent un groupe de gamins courant en sens inverse vers le front de mer.

Ils sont 4 à mener à la baguette une petite roue de vélo rouillée qui les absorbe complètement. D’abord lointain, seules leurs exclamations attirent mon regard. Puis, ils se rapprochent en me jetant quelques sourires de temps en temps. Absorbée par le récit de notre retour de la ‘Vallée Maudite’, je ne m’aperçois pas tout de suite qu’ils jouent maintenant à deux pas de moi. Ce n’est que lorsque les mômes s’assoient sur les marches à ma gauche que je réalise leur présence. Parmi cette brochette de frimousses attendrissantes, la petite me jette des œillades un peu timides, auxquelles je réponds évidemment par de grands sourires.

J…, E… et D…. croqués par M….

C’est alors que l’un des garçons tire le tabouret d’en face pour s’assoir à ma table. Le champ étant ouvert, les 3 autres rappliquent aussitôt. Peu d’affaires à moi mais tout les fascine. E…. (6 ans) ne lâche plus mes clefs accrochées à un petit coquillage. Tout est prétexte pour apprendre quelques mots de créole ou de français. Je m’aperçois très vite que ce qui attise leur curiosité est mon appareil photo dont J… (10 ans) et M…. (5 ans) s’emparent très interrogateurs, sous le regard jaloux de D…. (4 ans).

Passe alors à notre droite une femme qui observe la scène mi-gênée, mi-attendrie. J’apprendrai plus tard qu’elle est la mère d’E… et D…. et donc qu’elle fait parti de la grande fratrie du boulanger (13 ‘frères et sœurs’ au total).


M…. et l’objectif !

Après leur avoir montré comment faire défiler les photos, les rires fusent lorsqu’ils découvrent des visages de leurs connaissances. Ils me nomment chaque personne et commentent entre eux chaque situation, en s’arrachant l’appareil pour mieux y voir. Très vite, ils veulent faire parti de la galerie et se mettent à poser très sérieusement devant l’objectif. Vérifiant que leur image est bien réussie, ils réclament d’autres photos pour lesquelles ils grimacent avec beaucoup de malice. La petite M…. décide rapidement de prendre une photo de ses copains par elle-même.

Répondant à l’appel de leur mère, D…. et E… m’abandonnent avec un sourire jusqu’aux oreilles alors que J… s’intéresse à mon carnet de voyage. Je lui propose donc de dessiner. Le premier sujet qui l’inspire est évidemment un bateau  sur lequel il place un pécheur. Il termine juste quand E… rapplique pour réciter avec lui les voyelles qu’il vient de noter fièrement.

L’œuvre de l’artiste.

J… a à peine le temps de signer son œuvre, non sans une certaine application, que la nuée de moineaux l’emportent un peu plus loin. A quelques mètres, M…. stoppe tout net dans son élan et se retourne. Elle m’annonce de loin qu’ils vont se baigner comme pour justifier le départ précipité de ses camarades de jeu. Les rires disparaissent alors graduellement derrière le muret surplombant l’océan.

Quelques jours plus tard, étonné de cette nouvelle complicité avec les enfants, le plus enjoué de mes amis d’ici m’apprendra qu’il est l’oncle de deux d’entre eux.

Comment l’évidence de ces visages a-t-elle pu m’échapper ?

J’veux y retourner …

La combinaison Océan – Montagne – Bons Copains réussit mieux à Capsicum que la ville et son indifférence !

Il va vraiment falloir explorer sérieusement de bonnes adresses dans ce patelin‘ pour cesser de s’y emmerder … à en perdre la tête.

Trouver de nouveaux vecteurs de sociabilisation !

Padaria insoupçonnée

Après quelques ‘cortadas‘ (beaucoup de rhum et un peu de mélasse), les sages portes closes en journée s’ouvrent sur quelques bars ignorés et autres commerces nocturnes.

Besoin d’une cigarette pour se remettre d’une querelle fraternelle, pourquoi ne pas frapper à cette porte bleue ?  La vieille femme les sortira d’un tiroir de son buffet sous clef, sans éveiller les enfants qui dorment à deux pas dans l’un des deux lits aménageant l’unique pièce de la maison.

Une fois la nuit bien avancée, ce village de pêcheurs revêt un tout autre profil. Derrière les simples façades diurnes, la vie bouillonne avec l’heure, les rires fusent.

United Color of P. Sol - L’île (Juillet 2011)

Après un tour sur le port, entre ‘morna‘ et ‘coladeira’, quelques copains s’installent sur un muret dans une rue calme et sortent guitare, djembé ou tombas, ‘cavaquinho’ et canette emplie de sable que les musiciens se passent à tour de rôle pour agrémenter le rythme. A l’heure où les ‘honnêtes’ gens se reposent, aucun voisins n’ouvrent ses volets pour les chasser un peu plus loin. Quelques uns s’arrêtent même pour profiter de l’ambiance envoutante des percussions, lançant à l’occasion des cailloux aux chiens qui bouleversent l’harmonie des improvisations.

Et puis, sur le chemin du retour, à droite de l’impasse une porte brune se détache en haut de ces trois marches. Après un long couloir à ciel ouvert, se dresse à la lueur d’une ampoule un énorme four, le cœur cubique de cette famille de 13 frères et sœurs. Presque accoudés aux sacs de farine, frères, beau-frères et cousins partagent un ‘grogue’ (rhum issu de la canne cultivée et distillée sur ‘L’île’) dans une convivialité réjouissante. Les blagues s’échangent tantôt en créole, tantôt en français. Bribes après bribes, combler le fossé de la langue.
Le minuscule écriteaux qui repère l’endroit ne laisse pas soupçonner que leur pain est distribué à travers toute L’île.

En rejoignant le front de mer et malgré l’heure très avancée, les passants s’interpellent à propos de cette incroyable affaire de vol ou des travaux de peinture à réaliser le lendemain.
Tout se sait ici, rien ni personne ne passe inaperçu, pas même la nuit.

Pavage du plan - L’île (Juillet 2011)

Au son assourdissant des vagues s’éclatant sur les rochers, les reflets de la lune dansent en contre-bas. Guidée à travers la réalité d’ici, aucune envie d’aller dormir !

Comme toujours …

Demain, les portes seront refermées sur les rues pavées écrasées de soleil. Seuls quelques ‘bom dia’ plus enjoués aideront à reconnaitre les visages à la lumière du jour.

Ka Bo Da Bo Fma

Oi tonte joven na munde
Mitide na droga
Ta tenta ote filige
Ma na rialidade
E so iluzon
E destruison tanbê
D’sis vida

Das un munzinha pa es rakupera
Pa ka bandona i nen maltrata
Das un konsei pa es podê intendê
Fazes un amige i deus ta paga

Ka bo da ka bo tma
Ka bo da ka bo tma
Nada pa bo fma
Ka bo da ka bo tma
Ka bo da ka bo tma
Nen ka bo txerê

Ka bo da ka bo tma
Nada pa bo fma
Ka bo da ka bo tma
Nen ka bo txerê

Cordas do sol

**********

Conviviale impermanence

Un seul plat par jour, mais toujours une fête.

Avant hier à la maison familiale, nous mangions avec les doigts la murène frite, hier pendant que certains se délectaient d’oursins à la becquée, je dégustais une délicieuse garoupa grillée au barbecue sur les rochers. Aujourd’hui, c’est cachupa à la table blanche d’un notable. Demain, à peine remontés de l’océan, ce sera les inattendues pastels avant la murène au piri-piri entre amis et après demain, le Yassa nous réjouira avec quelques rythmes au bord de l’assiette.

Garoupa fraichement pêchée (Mérou à points bleus) - L’île (Juillet 2011)

Les jours se suivent et ne se ressemblent décidément pas … sur L’île.

N’y allez pas … c’est nul !

Alors que l’avion s’apprête à décoller, je prends conscience que, cette fois-ci, il me sera difficile de réapparaitre comme par magie dans ce petit port de pêche au milieu de l’Atlantique. Le bimoteur va m’arracher du bout du monde, sans l’espoir d’un sourire après un nouveau coup de théâtre.

Surtout, ne croit pas à une parenthèse de l’espace temps …

… et n’oublie jamais que leur réalité vaut bien la notre.

Excès de vitesse – P. Sol, L’île (Juillet 2011)

‘L’île’ se mérite d’abord par la sueur versée goutte à goutte sur les chemins de pierres aux forts dénivelés. Les habitants croisés s’affairent au soin des cultures en terrasse, colonisant la moindre terre accessible à flan de montagne.

Nos sourires sincères ouvrent de nombreuses portes mais cette rencontre inattendue sur la route de la corde nous offre à découvrir la vie d’ici sur un plateau. Cours de créole intensif et atrophie du sommeil. Il faut étirer le temps au maximum pour ne laisser perdre aucun instant. Le temps est compté.

Plus qu’accueillies, nous avons le sentiment d’être adoptées.

Mais comment parler de cette île, sans lui faire du mal, d’une façon ou d’une autre, sans générer l’attrait d’un voyageur qui lira ces lignes et en écrira d’autres pour les suivants ?

Voici donc quelques bonnes raisons de ne pas s’y rendre : rien de moins que 3 avions et 1 bateau pour arriver là. L’eau y est rare. Quand à l’eau chaude, c’est l’Arlésienne. A 80% d’humidité, la chaleur y est difficilement supportable. La mer est dangereuse et la montagne souvent perdue dans les nuages. Les Aluguers ont tendance à profiter des touristes. Les plages sont presque inexistantes.
A part marcher … peu de choses à faire.

Malgré tout, d’un coté ou de l’autre quelque chose changera.

Au beau milieu de la montagne, la jeune fille aux interminables jambes dorées respire l’ennui sur le pas de sa porte. Dans ses yeux, c’est de ma vie dont elle rêve. Suis-je plus responsable de son envie d’ailleurs par ma présence que la télévision ne l’est chaque jour ?

La rudesse du quotidien pousse, comme partout, à vouloir tellement mieux pour ses enfants. Les émigrants qui reviennent au pays, une fois l’an, reflètent une vie facile où posséder n’est plus un problème. Mais disent-ils l’entière vérité, sont-ils plus heureux loin de la morabeza ?

Malgré la beauté de l’endroit et cette sorte de douceur de vivre, la nouvelle génération reste donc suspendue aux lèvres d’une ambassade qui voudra bien leur octroyer un visa pour l’Espace Schengen.
Capsicum l’ayant été à moins … apporte donc sa modeste aide au dossier français.

Mais ce peuple est voyageur plus par nécessité que par goût.

L’île …

Liberdade – Chã das Pedras, L’île (Juillet 2011)

Un bilan carbone déplorable …

… mais l’île de Fogo était si incontournable.

A séjourner là-haut suffisamment longtemps pour comprendre que les habitants de Châ das Caldeiras, aux pieds d’un volcan encore en activité, vivent avec si peu dans ce décor de minéralité, mon échelle du luxe descend encore de quelques crans.

Combien de voyageurs ayant partagé Pedra Brabo viendront se venter d’avoir subit un endroit au confort rudimentaire, sans électricité et sans eau chaude ? Alors que c’est un véritable paradis de fleurs au milieu d’un cloitre de pierres de lave, et notamment l’une des tables les plus délicieuses du Cap Vert.

Un comble au milieu de ce désert volcanique au goût de Mordor.

Surf – Fogo (Juillet 2011)

A marcher dans les champs de lave refroidis depuis 16 ans, impossible de ne pas se projeter ce jour de 3 Avril 1995 où la coulée commença à engloutir les maisons. Selon la chaleur et le type de roche, nos pas passent à coté de pointes striées ou de boursoufflures lentement refroidies.

Presque toutes présentent un reflet irisé du meilleur effet.

Coulée irisée – Fogo (Juillet 2011)

Comment peut-on s’extasier sur le talent artistique d’une terre qui fit des victimes en 1847 ?

Aujourd’hui, les 2829 m du cratère caractérisent une ascension très courue dans la pouzzolane et les rochers du sommet. Chacun y va de son propre exploit et je n’en suis pas des plus dédaigneuses ! Aussi satisfaite de mon temps athlétique que de celui plus oisif passé là-haut attentive aux moindres détails du cratère.

Mais ce qui m’impressionne à la descente, c’est le sentiment de fouler la toile rouge et jaune d’un peintre qui aurait essuyé ses pinceaux plein de couleurs sur les bords du tableau noir.

Pico Pequinho Paint – Fogo (Juillet 2011)

Une composition colorée dépendant de tant de paramètres que le procédé est impossible à reproduire. C’est probablement ce qui fait du Pico Pequinho une œuvre d’art impressionniste …

… à couper le souffle.

Nota : Ça c’est pour l’aspect ‘touristique’, le reste j’ai encore du mal à l’écrire.

Immergée …

… au point d’être, au retour,

plutôt tourmentée,  par … la nourriture française, perdue au milieu de la nuit sans rien reconnaitre au toucher, blessée par la ville, son urgence et son anonymat.

Il ne reste de ce rêve éveillé que les rythmes et les mélodies.

Rébas

Dernière danse.

Eh rébas d’Nha Reinalda
El kria ta toka na lata
So pa nada na kaza d’dona alda

Tude jente kantal un piada
So pamode manha d’se knhada

Ma s’el pega na se muléta
El ta pxal un kéda el ta voltal pior k’un forkéta

Eh boi
Txa d’melendrise
Tra k’pe na txon fzem es terpitxe skua kalda

Linga d’Sentonton
E un sobura folode na moda d’nhe ovô
Es dze mnininha fema
Ai mnina n ta ba po boi

Bitina d’Nha Xikinha
El e bnitinha ma el ta mute vaiduzinha
Tude dia el ta pasa na presinha
Asin den gidan gidan gidan

Bitina d’Nha Xikinha
El e bnitinha ma el ta mute vaiduzinha
Djudjuke ta pasa na presinha
Asin den gidan gidan gidan

Cordas do Sol

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