Amnesia …

Ce soir, Capsicum a 25 ans et la vie devant elle !

Bilan et perspectives sur la pédagogie Montessori avec André Roberfroid, président de l’AMI

femininbio.com présente cet entretien avec André Roberfroid par Anne Ghesquière, le 07 juin 2011

André Roberfroid préside l’Association Montessori Internationale (AMI) depuis 2004, il vient de préfacer le livre Apprends-moi à faire seul, la pédagogie Montessori expliquée aux Parents. Il nous montre qu’une autre approche éducative est possible, qui a été expérimentée depuis plus d’un siècle avec succès, et nous invite à « imaginer un monde où les jeunes atteignent l’âge adulte confiants en leurs talents, socialement intégrés, stimulés par les difficultés et débordants de créativités ! »

Vous avez travaillé à l’UNICEF toute votre carrière, comment avez-vous rencontré la pédagogie Montessori ?
Ce qui m’a permis de rencontrer la pédagogie est une valeur commune à l’UNICEF et à Montessori : le rapport au concept des droits de l’enfant. Quand j’étais à l’UNICEF on s’est beaucoup battu pour aboutir à la signature de la Convention internationale des droits de l’enfant, c’est vraiment central à mon engagement avec l’UNICEF. Et lorsque j’ai rencontré les gens de Montessori j’ai trouvé que la mise en œuvre de toute leur conception de l’éducation était effectivement basée sur le respect des droits de l’enfant. Cela correspondait bien à l’engagement que j’avais eu toute ma vie. C’était aussi pour moi une façon de corriger une forme d’échec que nous avions eu à l’UNICEF car si on a réussi beaucoup de choses sur la santé publique, nous n’avions été pas assez performants sur l’éducatif et j’ai vu là une façon de corriger cet échec relatif.

Qu’est ce que la pédagogie Montessori ?

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Contraste dérobé …

… sur plage de sable noir.

M+5 – Praia Lisboa, L’île (Juillet 2011)

Instant de grâce

Vivre l’instant et écrire est parfois difficilement compatible, mais je m’y suis astreinte comme pour me prouver que j’étais capable de me soumettre à une discipline personnelle dans ce tourbillon de découvertes. Les instants s’imprègnent en soi pour n’en laisser que la substance, la saveur et l’irrationnel. Cependant après quelques temps, les détails s’évaporent et le carnet de voyage permet de conserver la compréhension logique des évènements.

Alors que le village vit au ralenti à cette heure de la journée devenue si chaude, je griffonne sur la table multicolore. Je sais pertinemment que si je m’assois sur le muret surplombant l’océan (ma place favorite !) immanquablement quelqu’un viendra taper la discute. Non pas que cela me gène, bien au contraire. Mais à défaut de sieste, l’objectif est d’au moins coucher sur le papier les rebondissements qui ont conduit à notre retour parmi les pêcheurs, avant d’en oublier la chronologie.

M…., E…, J… et D….

Trois jolies jeunes filles jouent à la balle dans la ruelle qui mène à la rue principale. Elles se passent cette chaussette rembourrée selon des règles qui m’échappent encore. La chaleur ne parait pas les affecter alors qu’elles croisent un groupe de gamins courant en sens inverse vers le front de mer.

Ils sont 4 à mener à la baguette une petite roue de vélo rouillée qui les absorbe complètement. D’abord lointain, seules leurs exclamations attirent mon regard. Puis, ils se rapprochent en me jetant quelques sourires de temps en temps. Absorbée par le récit de notre retour de la ‘Vallée Maudite’, je ne m’aperçois pas tout de suite qu’ils jouent maintenant à deux pas de moi. Ce n’est que lorsque les mômes s’assoient sur les marches à ma gauche que je réalise leur présence. Parmi cette brochette de frimousses attendrissantes, la petite me jette des œillades un peu timides, auxquelles je réponds évidemment par de grands sourires.

J…, E… et D…. croqués par M….

C’est alors que l’un des garçons tire le tabouret d’en face pour s’assoir à ma table. Le champ étant ouvert, les 3 autres rappliquent aussitôt. Peu d’affaires à moi mais tout les fascine. E…. (6 ans) ne lâche plus mes clefs accrochées à un petit coquillage. Tout est prétexte pour apprendre quelques mots de créole ou de français. Je m’aperçois très vite que ce qui attise leur curiosité est mon appareil photo dont J… (10 ans) et M…. (5 ans) s’emparent très interrogateurs, sous le regard jaloux de D…. (4 ans).

Passe alors à notre droite une femme qui observe la scène mi-gênée, mi-attendrie. J’apprendrai plus tard qu’elle est la mère d’E… et D…. et donc qu’elle fait parti de la grande fratrie du boulanger (13 ‘frères et sœurs’ au total).


M…. et l’objectif !

Après leur avoir montré comment faire défiler les photos, les rires fusent lorsqu’ils découvrent des visages de leurs connaissances. Ils me nomment chaque personne et commentent entre eux chaque situation, en s’arrachant l’appareil pour mieux y voir. Très vite, ils veulent faire parti de la galerie et se mettent à poser très sérieusement devant l’objectif. Vérifiant que leur image est bien réussie, ils réclament d’autres photos pour lesquelles ils grimacent avec beaucoup de malice. La petite M…. décide rapidement de prendre une photo de ses copains par elle-même.

Répondant à l’appel de leur mère, D…. et E… m’abandonnent avec un sourire jusqu’aux oreilles alors que J… s’intéresse à mon carnet de voyage. Je lui propose donc de dessiner. Le premier sujet qui l’inspire est évidemment un bateau  sur lequel il place un pécheur. Il termine juste quand E… rapplique pour réciter avec lui les voyelles qu’il vient de noter fièrement.

L’œuvre de l’artiste.

J… a à peine le temps de signer son œuvre, non sans une certaine application, que la nuée de moineaux l’emportent un peu plus loin. A quelques mètres, M…. stoppe tout net dans son élan et se retourne. Elle m’annonce de loin qu’ils vont se baigner comme pour justifier le départ précipité de ses camarades de jeu. Les rires disparaissent alors graduellement derrière le muret surplombant l’océan.

Quelques jours plus tard, étonné de cette nouvelle complicité avec les enfants, le plus enjoué de mes amis d’ici m’apprendra qu’il est l’oncle de deux d’entre eux.

Comment l’évidence de ces visages a-t-elle pu m’échapper ?

J’veux y retourner …

La combinaison Océan – Montagne – Bons Copains réussit mieux à Capsicum que la ville et son indifférence !

Il va vraiment falloir explorer sérieusement de bonnes adresses dans ce patelin‘ pour cesser de s’y emmerder … à en perdre la tête.

Trouver de nouveaux vecteurs de sociabilisation !

Eugène Delacroix

L’adversité rend aux hommes toutes les vertus que la prospérité leur enlève.

Journal intime, Eugène Delacroix (1798-1863)

L’Art du Bonheur

Sur sa route vers une amie rencontrée au Cap Vert, imaginerez-vous Capsicum dans un Mac Do à Montélimar suivant la retransmission en direct de la conférence sur ‘L’Art du Bonheur’ donnée par le Dalaï Lama, ce 15 août 2011 ?

Hâte d’en partager le texte (s’il peut se trouver) qui fait la part belle à l’éthique morale incorruptible, au dialogue et à l’amitié.

C’est simple, engagé, inspirant et de bon sens …

Altruisme, maître mot.

Deux jours à recevoir les enseignements du Dalaï Lama, une expérience pleine d’émotions.

C’est ce qui fait dire à Capsicum qu’il y a du travail … vers le calme intérieur !

Et pourtant ce qui caractérise l’identité de Capsicum, c’est bien sa Non Linéarité émotionnelle, capacité à s’enthousiasmer pour un projet ou un sourire, à s’émerveiller des couleurs d’un poisson, à recevoir les ‘coups’ avec affliction ou colère, à ressentir tout son être pour un instant, à s’insurger devant un vieux obligeant un tétraplégique à priser.

A la lueur de sa compréhension (limitée par le peu de connaissance qu’elle en a) si Capsicum ne devait retenir qu’une notion, ce serait donc que la bonté altruiste est la clef.

Saviez-vous que Matthieu Ricard est un photographe inspiré ?

Fort de cette constatation, le chemin vers la Bodhicitta, ‘cœur de l’esprit d’Éveil’ sera bien long. La quête de ‘la forme la plus élevée de l’altruisme et du courage, la source de toutes les qualités spirituelles’ passera en premier lieu par la prise de conscience qu’‘être centré sur soi-même de manière extrême est un des problèmes majeurs de notre société’.

Il n’y a pas de ‘soi autonome, unitaire, permanent et absolu ; nous sommes tous interdépendants’

reporte-elle sur SON BLOG EGOCENTRE … ! :)

Ok, ça a l’air très naïf comme ça, mais pas du tout !

Encore un lit inconnu cette nuit !

Capsicum a posé ses bagages dans plus d’hôtels ces 7 derniers mois que lorsqu’elle avait un vrai boulot …

FRPO : Les plus impersonnels étaient en France !

Albert Camus – n°14

Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible.

L’été, Albert Camus.

Le bouddhisme, une mode occidentale ?

Sans aucun doute !
La vraie question est de savoir pourquoi.

La première visite du Dalaï Lama à Toulouse remonte à 1982 où s’était retrouvée une poignée d’environ 500 fidèles. En 1993, 2500 personnes s’étaient déplacées pour rencontrer le chef spirituel des bouddhistes tibétains. Aujourd’hui, c’est plus de 7000 sympathisants qui se sont massées devant le Zenith de Toulouse pour assister aux enseignements du Dalaï Lama.

Samedi 13 août 2011, la journée a bien failli commencer par l’enseignement de … la patience. Ouf … les organisateurs s’en sont bien tirés.

‘Sa Sainteté’ parait. L’émotion est palpable de la salle. Ayant gravi les marches menant à son ‘estrade’, il se met à sautiller pour en tester la solidité, provoquant immédiatement un rire collégial.

Le Dalaï Lama est en visite à Toulouse © REUTERS

Ce léger mais permanent balancement focalise la concentration sur le propos du Dalaï Lama, introduisant les concepts essentiels à l’analyse d’un texte de Kamalashila (VIIIe siècle) : ‘Les Étapes de la Méditation’.

Interdépendance des êtres, lois de causalité, continuum, quatre nobles vérités, jusque là tout le monde suit. Mais alors que le Dalaï Lama développe les méfaits de l’attachement exacerbé au soi menant à la souffrance, un couple offre, à ses voisins atterrés, une illustration en direct des ravages de l’égocentrisme précités. Y’a du boulot …

Demain, évitez l’allée Z de la porte 18 !

Il faut en tous les cas louer les qualités de traducteur éclairé du moine bouddhiste Matthieu Ricard qui permet de clarifier, dans la langue de Molière, notamment les notions de perception de la nature d’une chose et de vision pénétrante.

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Premiers enseignements du Dalaï lama à Toulouse, midi-pyrenees.france3.fr, 13-08-2011

Padaria insoupçonnée

Après quelques ‘cortadas‘ (beaucoup de rhum et un peu de mélasse), les sages portes closes en journée s’ouvrent sur quelques bars ignorés et autres commerces nocturnes.

Besoin d’une cigarette pour se remettre d’une querelle fraternelle, pourquoi ne pas frapper à cette porte bleue ?  La vieille femme les sortira d’un tiroir de son buffet sous clef, sans éveiller les enfants qui dorment à deux pas dans l’un des deux lits aménageant l’unique pièce de la maison.

Une fois la nuit bien avancée, ce village de pêcheurs revêt un tout autre profil. Derrière les simples façades diurnes, la vie bouillonne avec l’heure, les rires fusent.

United Color of P. Sol - L’île (Juillet 2011)

Après un tour sur le port, entre ‘morna‘ et ‘coladeira’, quelques copains s’installent sur un muret dans une rue calme et sortent guitare, djembé ou tombas, ‘cavaquinho’ et canette emplie de sable que les musiciens se passent à tour de rôle pour agrémenter le rythme. A l’heure où les ‘honnêtes’ gens se reposent, aucun voisins n’ouvrent ses volets pour les chasser un peu plus loin. Quelques uns s’arrêtent même pour profiter de l’ambiance envoutante des percussions, lançant à l’occasion des cailloux aux chiens qui bouleversent l’harmonie des improvisations.

Et puis, sur le chemin du retour, à droite de l’impasse une porte brune se détache en haut de ces trois marches. Après un long couloir à ciel ouvert, se dresse à la lueur d’une ampoule un énorme four, le cœur cubique de cette famille de 13 frères et sœurs. Presque accoudés aux sacs de farine, frères, beau-frères et cousins partagent un ‘grogue’ (rhum issu de la canne cultivée et distillée sur ‘L’île’) dans une convivialité réjouissante. Les blagues s’échangent tantôt en créole, tantôt en français. Bribes après bribes, combler le fossé de la langue.
Le minuscule écriteaux qui repère l’endroit ne laisse pas soupçonner que leur pain est distribué à travers toute L’île.

En rejoignant le front de mer et malgré l’heure très avancée, les passants s’interpellent à propos de cette incroyable affaire de vol ou des travaux de peinture à réaliser le lendemain.
Tout se sait ici, rien ni personne ne passe inaperçu, pas même la nuit.

Pavage du plan - L’île (Juillet 2011)

Au son assourdissant des vagues s’éclatant sur les rochers, les reflets de la lune dansent en contre-bas. Guidée à travers la réalité d’ici, aucune envie d’aller dormir !

Comme toujours …

Demain, les portes seront refermées sur les rues pavées écrasées de soleil. Seuls quelques ‘bom dia’ plus enjoués aideront à reconnaitre les visages à la lumière du jour.

Disgrâce par Windows Live Messenger

La version de Windows Live Messenger (système de discussion instantanée) pour Windows 7 et Vista présente une option parfois utile : la possibilité de choisir les personnes de vos contacts vis à vis desquelles vous souhaitez apparaitre ‘En ligne’ ou ‘Hors Ligne’.

A un moment peu propice, il arrive de ne pas vouloir entamer des conversations interminables avec une personne que vous savez particulièrement bavarde, tout en restant disponible pour d’autres. Vous avez parfois besoin d’un peu de distance avec l’un de vos amis. Vous souhaiter flemmarder devant la télé, sans refuser une invitation de dernière minute. Vous séparez vos contacts pro de ceux personnels.

Il y a une multitude de raisons pour maitriser votre information de présence derrière votre ordinateur.

Exercer votre liberté individuelle est essentielle.
Là où le bât l’option blesse, c’est quand vous constatez depuis plusieurs mois que l’un de vos ‘amis’ vous a supprimés des contacts pour qui il apparait ‘En ligne’ quotidiennement, depuis des années.

Blacklistée !
Ok … mais pour quelle(s) raison(s) au juste ?

Conviviale impermanence

Un seul plat par jour, mais toujours une fête.

Avant hier à la maison familiale, nous mangions avec les doigts la murène frite, hier pendant que certains se délectaient d’oursins à la becquée, je dégustais une délicieuse garoupa grillée au barbecue sur les rochers. Aujourd’hui, c’est cachupa à la table blanche d’un notable. Demain, à peine remontés de l’océan, ce sera les inattendues pastels avant la murène au piri-piri entre amis et après demain, le Yassa nous réjouira avec quelques rythmes au bord de l’assiette.

Garoupa fraichement pêchée (Mérou à points bleus) - L’île (Juillet 2011)

Les jours se suivent et ne se ressemblent décidément pas … sur L’île.

La Blouse Blanche

Qui l’eut cru ?
De son ancien job, ce qui manque le plus à Capsicum est …

… sa blouse blanche !

Les lecteurs secrétant de la testostérone vont être déçus. Pas question de fétiche fantasmatique porté avec des talons et légèrement déboutonné sur de jolis dessous. Désolée, pas pour cette fois. ;)

Au delà du confort de faire disparaitre ses fringues derrière une sorte d’uniforme, enfiler chaque jour la blouse blanche comme un rituel, fait machinalement endosser comme un statut, le reflet de l’appartenance à une sorte de caste professionnelle.

Dr. Allison Cameron (Dr House)
Le métier est vraiment différent … mais le style pas très lointain.

Cela équivaut à s’exposer comme le pompier de service. Préférée en coton plutôt que synthétique, aussi légère soit-elle et plus qu’un EPI, la blouse caractérise un peu du poids des responsabilités à Industrie & Co.

Mais ne pas laisser la blouse au porte-manteau pour entrer en réunion revient à délibérément afficher une différence d’espèce face aux financiers, aux commerciaux et autres responsables marketing, en appuyant la caution scientifique.

Peut-on imaginer que ce soit la blouse blanche qui apporte un recul certain doublé d’une plus grande liberté de parole ?

Plus qu’une image, Capsicum revêtait chaque matin
ses compétences et son aplomb professionnel.

Fonds de Dotation Bernard Giraudeau

“Nous avions, Elizabeth, Sara, Philippe, François et Gaël, l’impression que Bernard nous avait laissé une mission : continuer ce qu’il avait entrepris, à savoir aider et accompagner les malades atteints d’un cancer et leurs familles.

Prenons un exemple : Certains patients sont obligés d’être hospitalisés dans des villes où ils n’habitent pas, mais il n’y a aucune structure pour accueillir leurs proches, alors que le soutien psychologique est essentiel. Il faut sortir les malades de l’isolement.

Or dans sa dynamique scientifique, l’hôpital néglige cet aspect là, faute de temps et de moyens. Bernard disait toujours qu’il était un privilégié : il avait les moyens de vivre sa maladie. Il se battait pour que les meilleurs soins soient accessibles à tous, mais aussi pour que chacun puisse être entouré. C’est ce message là que nous voulons perpétuer.

Nous voulons soutenir, aider, prendre en charge de manière financière et psychologique les malades atteints d’un cancer ainsi que leurs familles. “

Le Collège Fondateur, www.fondsbernardgiraudeau.com

Leurs actions ?
Et bien, leurs moyens sont énoncés à l’onglet ‘Nos Actions’. Laissons leur un peu de temps pour investir le sujet.

Merci Sitelle pour l’info !

N’y allez pas … c’est nul !

Alors que l’avion s’apprête à décoller, je prends conscience que, cette fois-ci, il me sera difficile de réapparaitre comme par magie dans ce petit port de pêche au milieu de l’Atlantique. Le bimoteur va m’arracher du bout du monde, sans l’espoir d’un sourire après un nouveau coup de théâtre.

Surtout, ne croit pas à une parenthèse de l’espace temps …

… et n’oublie jamais que leur réalité vaut bien la notre.

Excès de vitesse – P. Sol, L’île (Juillet 2011)

‘L’île’ se mérite d’abord par la sueur versée goutte à goutte sur les chemins de pierres aux forts dénivelés. Les habitants croisés s’affairent au soin des cultures en terrasse, colonisant la moindre terre accessible à flan de montagne.

Nos sourires sincères ouvrent de nombreuses portes mais cette rencontre inattendue sur la route de la corde nous offre à découvrir la vie d’ici sur un plateau. Cours de créole intensif et atrophie du sommeil. Il faut étirer le temps au maximum pour ne laisser perdre aucun instant. Le temps est compté.

Plus qu’accueillies, nous avons le sentiment d’être adoptées.

Mais comment parler de cette île, sans lui faire du mal, d’une façon ou d’une autre, sans générer l’attrait d’un voyageur qui lira ces lignes et en écrira d’autres pour les suivants ?

Voici donc quelques bonnes raisons de ne pas s’y rendre : rien de moins que 3 avions et 1 bateau pour arriver là. L’eau y est rare. Quand à l’eau chaude, c’est l’Arlésienne. A 80% d’humidité, la chaleur y est difficilement supportable. La mer est dangereuse et la montagne souvent perdue dans les nuages. Les Aluguers ont tendance à profiter des touristes. Les plages sont presque inexistantes.
A part marcher … peu de choses à faire.

Malgré tout, d’un coté ou de l’autre quelque chose changera.

Au beau milieu de la montagne, la jeune fille aux interminables jambes dorées respire l’ennui sur le pas de sa porte. Dans ses yeux, c’est de ma vie dont elle rêve. Suis-je plus responsable de son envie d’ailleurs par ma présence que la télévision ne l’est chaque jour ?

La rudesse du quotidien pousse, comme partout, à vouloir tellement mieux pour ses enfants. Les émigrants qui reviennent au pays, une fois l’an, reflètent une vie facile où posséder n’est plus un problème. Mais disent-ils l’entière vérité, sont-ils plus heureux loin de la morabeza ?

Malgré la beauté de l’endroit et cette sorte de douceur de vivre, la nouvelle génération reste donc suspendue aux lèvres d’une ambassade qui voudra bien leur octroyer un visa pour l’Espace Schengen.
Capsicum l’ayant été à moins … apporte donc sa modeste aide au dossier français.

Mais ce peuple est voyageur plus par nécessité que par goût.

Capsicum

La sécurité provoque l’ennui et l’ennui ‘tue’ à petit feu.

Capsicum, Mail à un ami, 14-04-2009

Depuis Capsicum a largement mis à l’épreuve son précepte …

Antoine de Saint-Exupéry – n°22

Dans la chambre de Mendoza où je te veillais, tu t’endormais enfin d’un sommeil essoufflé. Et je pensais : Si on lui parlait de son courage, Guillaumet hausserait les épaules. mais on le trahirait aussi en célébrant sa modestie. Il se situe bien au-delà de cette qualité médiocre. S’il hausse les épaules, c’est par sagesse. Il sait qu’une fois pris dans l’évènement, les hommes ne s’en effraient plus. Seul l’inconnu épouvante les hommes. Mais, pour quiconque l’affronte, il n’est déjà plus l’inconnu. Surtout si on l’observe avec cette gravité lucide. Le courage de Guillaumet, avant tout, est un effet de sa droiture.

Sa véritable qualité n’est point là. Sa grandeur, c’est de se sentir responsable. Responsable de lui, du courrier et des camarades qui espèrent. Il tient dans ses mains leur peine ou leur joie. Responsable de ce qui se bâtit de neuf, là-bas, chez les vivants, à quoi il doit participer. Responsable un peu du destion des hommes, dans la mesure de son travail.

Il fait partie des êtres larges qui acceptent de couvrir de larges horizons de leur feuillage. Etre homme, c’est précisément être responsable. C’est connaitre la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.

Terre des Hommes (Livre de poche, p61), Antoine de Saint-Exupéry

L’île …

Liberdade – Chã das Pedras, L’île (Juillet 2011)

Les sans-abris du Tsunami endurent la situation.

Que sont devenus les naufragés terrestres de la double (triple) catastrophe du Japon ? BBC News transmet quelques images de la situation actuelle :

Thousands still homeless months after tsunam, www.bbc.co.uk, 04-08-2011

Un bilan carbone déplorable …

… mais l’île de Fogo était si incontournable.

A séjourner là-haut suffisamment longtemps pour comprendre que les habitants de Châ das Caldeiras, aux pieds d’un volcan encore en activité, vivent avec si peu dans ce décor de minéralité, mon échelle du luxe descend encore de quelques crans.

Combien de voyageurs ayant partagé Pedra Brabo viendront se venter d’avoir subit un endroit au confort rudimentaire, sans électricité et sans eau chaude ? Alors que c’est un véritable paradis de fleurs au milieu d’un cloitre de pierres de lave, et notamment l’une des tables les plus délicieuses du Cap Vert.

Un comble au milieu de ce désert volcanique au goût de Mordor.

Surf – Fogo (Juillet 2011)

A marcher dans les champs de lave refroidis depuis 16 ans, impossible de ne pas se projeter ce jour de 3 Avril 1995 où la coulée commença à engloutir les maisons. Selon la chaleur et le type de roche, nos pas passent à coté de pointes striées ou de boursoufflures lentement refroidies.

Presque toutes présentent un reflet irisé du meilleur effet.

Coulée irisée – Fogo (Juillet 2011)

Comment peut-on s’extasier sur le talent artistique d’une terre qui fit des victimes en 1847 ?

Aujourd’hui, les 2829 m du cratère caractérisent une ascension très courue dans la pouzzolane et les rochers du sommet. Chacun y va de son propre exploit et je n’en suis pas des plus dédaigneuses ! Aussi satisfaite de mon temps athlétique que de celui plus oisif passé là-haut attentive aux moindres détails du cratère.

Mais ce qui m’impressionne à la descente, c’est le sentiment de fouler la toile rouge et jaune d’un peintre qui aurait essuyé ses pinceaux plein de couleurs sur les bords du tableau noir.

Pico Pequinho Paint – Fogo (Juillet 2011)

Une composition colorée dépendant de tant de paramètres que le procédé est impossible à reproduire. C’est probablement ce qui fait du Pico Pequinho une œuvre d’art impressionniste …

… à couper le souffle.

Nota : Ça c’est pour l’aspect ‘touristique’, le reste j’ai encore du mal à l’écrire.

Immergée …

… au point d’être, au retour,

plutôt tourmentée,  par … la nourriture française, perdue au milieu de la nuit sans rien reconnaitre au toucher, blessée par la ville, son urgence et son anonymat.

Il ne reste de ce rêve éveillé que les rythmes et les mélodies.

J’ai rencontré l’amour …

… dans les yeux de ce vieil homme blanc, portant
tant de colère contre le monde, contre la France.

Bob’s Lion – Pedra Brabo, Châ das Caldeiras, Fogo (Juillet 2011)

Quand l’enfant du pays volcanique parait, jaillit sur son visage buriné une étincelle inextinguible. L’homme ne s’en défend pas et explique simplement qu’elle l’a adopté alors qu’elle n’avait que 3 ans, voilà 9 ans.

Depuis, il veille sur son sommeil chaque nuit,
bien que la famille de la petite habite à deux pas.

Coïncidence ou trait culturel, il n’est pas rare que les enfants capverdiens choisissent leur maison et surtout qu’on les laisse faire, quelle que soit l’île.

Alors que nous dégustons la murène, saute sur mes genoux le malicieux Nilson (2 ans et des poussières), qui d’un sourire obtient l’indulgence de son grand père, pêcheur de l’île montagneuse.

Le petit ne dort plus chez sa mère depuis ce jour lointain où il a naturellement choisi son aïeul comme référent. Et croyez bien que son papy n’est pas peu fier.

Alors, l’heure et les vapeurs de grogue aidant, le pêcheur d’un sourire bienveillant soulève Nilson pour le déposer tout habillé sur l’un des matelas de la chambre contigüe.

Le Marchand de Sable a soufflé le sable noir
de l’inaccessible Praia de Lisboa, à deux pas.

Eugenio Tavares

Si ka badu, ka ta biradu

Eugenio Tavares

Il faut savoir partir pour mieux revenir.
(littéralement = qui n’est pas parti ne reviendra pas)