For Your Eyes Only

Mai 2014

Porté par les vents dernièrement soufflés, mon travail se voit bercé par le balai des véhicules, cinq étages plus bas. Le regard absorbé par trois jours presque inattendus, le souvenir de ces horizons tourne en tête, offert comme un trésor qui balance entre soupir d’aise et ‘bon petit soldat’.

Une ‘bulle’ à moto qui aura roulé du col de Vars en gorges de Daluis, de joyeux reflets sur le lac de Serre-Ponçon en trombes d’eau dans le Verdon, de complicité en silence.

Lac de Serre-Ponçon – 29/05/2014

L’un contre l’autre, le duo profite d’une insoupçonnée retraite individuelle, la plus petite que je connaisse : ‘sous le casque’. Parole isolée, réflexion démultipliée, le cerveau ouvre sur l’esprit. Et par ses deux fenêtres tout devient prétexte à un double périple … pour la passagère.

Le pilote ayant d’autres chats à fouetter !

Le voyage foisonnant d’excitation s’aligne d’abord sur la fréquence du pilote. Il s’agit de se faire la plus aérienne, la plus inexistante possible, active sans bouger, afin qu’il ressente au moins une fraction du plaisir éprouvé en solo.

Non … je ne parle pas de cela ! ;)

Gorges de Daluis – 30/05/2014

Et puis les marmottes se dorent au soleil, les ruisseaux de montagne effleurent la neige, les touches de coquelicots ajoutent au sourire des cerisiers chargés de fruits et les multiples couleurs de roche soulignent la variété des lieux.

Notre pays est magnifique.

Vallée de la Tinée – 30/05/2014

Son casque, neutralement incliné à gauche, vibre à chaque coup de vent. Je nous imagine marionnettes du destin sur une aspérité du terrain ou par l’indélicatesse d’un chauffard. Le choix est fait, le risque assumé, même s’il me fait frémir pour les minots. Contrariant mon héritage paternel, la préservation familiale est comme piétinée pour 1100 km de liberté, véritable pied de nez à la raison.
Il vaudra mieux rouler séparés, à l’occasion.

Inconséquents.

Montée du col de la Bonette depuis l’Ubaye – 30/05/2014

Responsabilité au panier, la flamme danse. Je serre son cuir alors que le bassin balance dès qu’il intime le mouvement à l’engin. Plus les paysages défilent et plus mon fessier se durcit, par contractions volontaires successives, tantôt de la jambe droite, tantôt de la gauche, selon la courbe.

Sous les cheveux malheureusement aplatis ;) , les idées, remarques et observations s’évaporent avec les kilomètres, puisqu’à l’étape du premier jour, ne reste qu’un sourire complice sur l’Ubaye.

Peut-être est-ce là un secret de longévité.

L’itinérance aidant, ils fusionnent. Besoin de rien, même pas faim.
Le col de la Bonette est délicieusement consistant. De temps à autre, une main sur ma cuisse gauche, il s’enquiert du bien-être.

Merveilleux cadeau, j’absorbe les lumières, les trajectoires, les accélérations entre Queyras et Mercantour.

Col de la Bonette (2715 m) – 30/05/2014

3h de pluie réduiront la lyrique pensée à la miniaturisation, planquée derrière les épaules du pilote, lessivée au sens propre comme au figuré.

S’accrocher, en attendant que ça passe.

Malgré l’humidité jusque dans le peu d’affaires de rechange, les inestimables attentions ne s’arrêteront pas une fois le pied à terre.
Voilà toute la différence qui mobilise mon exclusive attention à son égard. Une éternité que la planète n’a pas juste tourné pour nous deux.

Abbaye cistercienne de Sénanque par Philippe Marty

Au troisième jour, la quiétude ensoleillée de l’abbaye de Sénanque, au milieu de son val vert, balaie l’intense traversée du pays de Giono depuis les grands thermes du Valensole, à vif sur l’horloge.

Riche d’une escarbille numérique de XIIème siècle, le sommeil envahit tellement ma caboche que le galant décide de laisser le grand Ventoux sur le bas-côté de la route, lui préférant les gorges de La Nesque et du Toulourenc.

Abbaye de Sénanque – 31/05/2014

Avec le temps, Ange a pris de l’envergure et voit sa machine d’un autre œil. Son cœur balance maintenant entre esprit rétro et plus de couple.

La parenthèse était enchantée.
Merci.

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3 Comments so far

  1. ofthestreet on June 10th, 2014

    merci pour ce joli texte et le partage de cette délicieuse balade.

  2. bulle on June 10th, 2014

    Merci pour cette belle échappée, mais je suis surtout heureuse de voir que vous avez pu vivre
    ces beaux moments essentiels dans un couple si l’on veut préserver l’harmonie de la famille.Après, deux motos, oui, question sécurité, mais la complicité n’est plus la même…

  3. Capsicum on June 12th, 2014

    Savoir que vous avez pris le temps de parcourir notre voyage me fait grand plaisir. Vous n’avez cependant là que le point de vue du sac de sable… Merci pour ces petits mots.

    Les escapades à moto sont bien loin du slow travel mais si fortes en ressenti que je suis toujours partante.