La plus flagrante inégalité de la vie : l’accouchement ! (Mis à jour)

Âmes sensibles ou primigestes, passez votre chemin …

je n’ai pas le droit de vous en parler !

Ce lundi matin, j’observais incrédule la petite merveille mise au monde la veille quand la jeune femme entra, accompagnée de son mari et d’une sage-femme. Son pas était déjà rythmé par les contractions. Sans nul doute, cela n’allait pas tarder vu le masque de douleur sur son visage qui devait ressembler au mien à l’arrivée à la maternité, la veille.

Sa sage-femme installa le paravent entre nos deux lits.

Mes visites n’en finirent pas : la sage-femme-cadre pour la déclaration de Petit Biloba à la mairie, puis une aide-soignante apportant quelques cadeaux promotionnels spécialement dédiés aux jeunes mamans. Mon lit fut refait au carré, puis ce fut la consult’ du maïeuticien et enfin la puéricultrice voulut jeter un œil à Petit Biloba. Les uns et les autres me félicitant au passage pour ce superbe bébé non fripé.

De l’autre coté, la souffrance passait au travers des pores du paravent quand sa sage-femme annonça à la jeune femme que le travail n’avait pas encore débuté.

Je fus stupéfaite et compatissante.

La veille, dans l’état où était ma voisine de chambre, je maudissais la porte close des salles de naissance qui m’obligeait à patienter 10 min (qui parurent des heures) debout dans un couloir sombre, appuyant désespérément sur la sonnette pour accéder à la mythique ‘Salle Nature’. Je l’avais pourtant bien méritée, après 30 min de route et bien trop de ronds points ! Mais que diable étais-je venue faire dans cette galère, une deuxième fois ?

Heureusement que ma résistance à la douleur est plutôt élevée (réalité découverte lors de mon premier accouchement).

Belle efficacité de Ange, une fois de plus, qui trouva le parfait itinéraire bis, pour parcourir les 25km qui nous séparaient de la maternité en ce week-end de chassé-croisé juillettiste, dans la vallée du Rhône !

Ma copine de chambrée, elle, restait prostrée sur son lit, accusant le coup de la mauvaise nouvelle du pré-travail. Ce serait probablement encore long …

Son mari s’absenta pour le déjeuner. Arf !

Péridurale Blues – 05-03-2012 – Première Partie (La suite plus bas)
Petit précis de Grumeautique– Blog illustré

J’en profitais donc pour amorcer la conversation et distiller quelques encouragements.

La jeune femme était terrorisée de reproduire le schéma de son premier accouchement : 36h de travail aboutissant à une césarienne pour cause de dilatation bloquée à 4 cm. Elle se réjouissait donc du moindre allongement entre ses contractions !??

24h plus tôt, je me réjouissais plutôt du peu de temps entre mes propres contractions. A l’arrivée de la sage-femme, la formalité de l’examen d’accueil fut vite expédiée. Je n’eus pas droit à la fameuse ‘Salle Nature’ … peu importe, j’étais déjà à 7cm.

L’accouchement était proche. Une seule obsession en tête : laisser les contractions faire leur œuvre pour aider à la progression du bébé, en tentant de me détendre, en acceptant la mutation qui s’opérait pour ouvrir le passage à ce petit corps.

N’oublie pas l’esprit du livre ‘Pas à pas’ d’Armelle Touyarot : un accouchement supportable est un accouchement rapide et totalement consenti.

Momentanément requinquée, ma collègue de chambrée
retrouva un peu de son sourire.

Suivant mon conseil, elle finit par aller marcher un peu, pour donner sa chance à la gravité terrestre.

Si seulement, je pouvais l’aider à passer au delà de sa terreur.

Mais, en deux ans, son inquiétude avait eu le temps de prendre racine au plus profond. Difficile d’évacuer son passif, à la dernière minute. Cela aurait mérité un cheminement sur elle-même tout au long de sa grossesse, voire bien avant. Pourquoi n’avait-elle pas été préparée à faire face à sa peur ou à l’issue redoutée ? Ce n’était pourtant plus le moment de lui en parler de cette manière.

Personnellement, ce fameux dimanche matin, j’avais du faire mon propre chemin en quelques heures. 3 semaines d’avance, j’estimais que c’était un peu trop tôt. La valise n’était pas prête, la maison n’était pas prête, mon périnée n’était pas prêt, je n’étais pas prête. Mais il fallut se rendre à l’évidence et laisser consciemment faire le processus.

Comment lui faire comprendre de lâcher prise, sans la heurter ?

Ses souffrances étaient régulières.

Pendant plus de 4h, je la vis gérer la douleur comme elle pouvait : cherchant un peu de repos ou partageant son désespoir au téléphone.

Voilà bien des choses qui n’ont pas eu le temps de me traverser l’esprit …

Souhaitant un accouchement naturel, je n’étais cependant pas intégriste du ‘Mother Nature Only’ : Ayant peur que la déjà très intense douleur fasse shunter ma conscience (tomber dans les pommes) et donc risquer une césarienne, j’expliquais à la sage-femme qu’il était temps d’appeler l’anesthésiste.

Je compris qu’il faudrait aller jusqu’au bout, à l’ancienne, quand elle me suggéra tout en demi-teinte qu’il faudrait pour cela que le bébé n’arrive pas avant l’anesthésiste …

A peine le temps de faire tenir une voie veineuse sur mon bras ruisselant de sueur (Okaou) que je ressentais le besoin de trouver une position confortable acceptable. Libre de mes mouvements, installée sur des matelas fins à terre, parfaitement guidée par la sage-femme, je me plaçais à quatre pattes, la joue écrasée contre la gymnastic ball. M’imaginer dans cette position, en vision extérieure, me fit sourire intérieurement, mais tel un métronome, la réalité me rattrapa … Je gardais donc les yeux fermés, concentrée sur les contractions.

La sage-femme me proposa finalement de m’allonger sur le coté gauche, jambe supérieure légèrement remontée. La poussée irrépressible ressentie me fit comprendre que ça y était … mon bébé s’était frayé un passage dans le bassin. Encore un petit effort, la dernière ligne droite était amorcée !

Me vint alors à l’esprit, en un quart de huitième de seconde : “Si j’y vais franco, j’ai peur de la déchirure carabinée, mais c’est tellement puissant qu’il est temps que cet enfant voit le jour. Je gérerai le reste après.”

Ce lendemain de naissance, ma ‘room mate’ gémissait toujours de douleur sur son lit quand on vint me faire migrer pour une confortable chambre simple avec douche privative : le luxe. Son travail libérateur n’était pourtant toujours pas amorcé.

La veille, canalisant instinctivement l’énergie du Qi-i par un cri bien sonore (les murs sont minces : désolée les amies alentour que j’ai fait blêmir !), l’enfant sorti tête et épaules en une seule et longue poussée.

Il aura donc suffit de 30 min, entre l’entrée en salle d’accouchement (celle que j’avais repérée lors de la visite – la plus grande) et le premier cri de Petit Biloba.

L’intensité fut tellement incroyable, que pour la première fois de ma vie, j’aurais souhaité l’aventure plutôt à une autre !

Aussi vite balayée et magnifiée par l’émotion lu sur le visage d’Ange, si encourageant pendant l’action, et le bonheur d’accueillir ce beau bébé dans mes bras.

C’est moi qui l’ai fait !!!!!

C’était donc vrai :
Le meilleur accouchement est l’accouchement réellement consenti
et le plus rapide possible !

Programmation personnelle, analyse des évènements ou pressentiment ?

 

Péridurale Blues – 05-03-2012 – Deuxième Partie
Petit précis de Grumeautique– Blog illustré

Le mardi, quand je m’enquis du destin de mon ex-parturiante de chambre, elle n’avait toujours pas accouché. La nuit suivante, le service fut agité de 4 césariennes plus ou moins en urgence. Une incroyable loi des séries dont cette femme si touchante fit parti …

Sa plus grosse frayeur se réalisa donc.

Moi, toute entière accaparée par les grands yeux de Petit Biloba, je ne me préoccupais même plus du ‘fameux clampage une fois que le cordon eu fini de battre’, tant décrié par l’autre maternité avec laquelle j’hésitais.
C’est tellement beau le pouvoir des hormones !

Moralité : Nous sommes vraiment loin d’être toutes égales.

Certes, chaque femme a sa propre résistance à la douleur innée, tempérée ou exacerbée par son vécu, son expérience et son éducation, mais la part physiologique de celle psychologique de l’accouchement reste un mystère. Évidemment intimement liés, mais à quel point ?

A mon sens, la préparation physique et mentale à l’accouchement reste déterminante, quelle que soit l’expérience de la dame, en la matière.

Certes, l’essentiel est que l’enfant soit en bonne santé, mais il est important de ‘pansé les plaies’ de toute sorte infligées par le ‘plus beau jour de la vie’ de nombreuses femmes ! ;)

Et dire que ce n’est qu’un début …

L’Aventure ‘Petit Biloba’

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3 Comments so far

  1. bulle on August 4th, 2012

    ce que je ne comprends pas dans l’histoire de cette pauvre femme, c’est que normalement s’il y a eu césarienne une première fois, ils ne laissent pas souffrir autant une deuxième fois pour de nouveau faire une césarienne en urgence, en faisant de cette manière courir des risques à la maman et au bébé.

  2. Capsicum on August 4th, 2012

    Cette femme voulait vraiment avoir la chance d’accoucher par voie basse.
    Le bébé ne risquait rien, tant que le travail n’était pas effectivement amorcé.

    L’équipe a essayé de travailler psychologiquement avec elle pour lui permettre un déclic, mais ça n’a pas fonctionné.

    Afin qu’elle ne se fatigue pas trop, ils ont fini par lui proposer de tenter d’arrêter les contractions (le travail n’ayant toujours pas commencé, ils ne pouvaient pas lui poser une péridurale)

    Je n’ai pas ensuite les détails de sa seconde journée, mais vue la situation, la césarienne s’est imposée au fil des heures. Elle ne fut pas tant en urgence … (elle n’était pas programmée.)

  3. bulle on August 4th, 2012

    merci, je comprends mieux et je comprends qu’elle ait eu envie d’essayer un accouchement normal, c’est quand même tellement plus émouvant que de se réveiller à côté de son bébé.