Padaria insoupçonnée

Après quelques ‘cortadas‘ (beaucoup de rhum et un peu de mélasse), les sages portes closes en journée s’ouvrent sur quelques bars ignorés et autres commerces nocturnes.

Besoin d’une cigarette pour se remettre d’une querelle fraternelle, pourquoi ne pas frapper à cette porte bleue ?  La vieille femme les sortira d’un tiroir de son buffet sous clef, sans éveiller les enfants qui dorment à deux pas dans l’un des deux lits aménageant l’unique pièce de la maison.

Une fois la nuit bien avancée, ce village de pêcheurs revêt un tout autre profil. Derrière les simples façades diurnes, la vie bouillonne avec l’heure, les rires fusent.

United Color of P. Sol - L’île (Juillet 2011)

Après un tour sur le port, entre ‘morna‘ et ‘coladeira’, quelques copains s’installent sur un muret dans une rue calme et sortent guitare, djembé ou tombas, ‘cavaquinho’ et canette emplie de sable que les musiciens se passent à tour de rôle pour agrémenter le rythme. A l’heure où les ‘honnêtes’ gens se reposent, aucun voisins n’ouvrent ses volets pour les chasser un peu plus loin. Quelques uns s’arrêtent même pour profiter de l’ambiance envoutante des percussions, lançant à l’occasion des cailloux aux chiens qui bouleversent l’harmonie des improvisations.

Et puis, sur le chemin du retour, à droite de l’impasse une porte brune se détache en haut de ces trois marches. Après un long couloir à ciel ouvert, se dresse à la lueur d’une ampoule un énorme four, le cœur cubique de cette famille de 13 frères et sœurs. Presque accoudés aux sacs de farine, frères, beau-frères et cousins partagent un ‘grogue’ (rhum issu de la canne cultivée et distillée sur ‘L’île’) dans une convivialité réjouissante. Les blagues s’échangent tantôt en créole, tantôt en français. Bribes après bribes, combler le fossé de la langue.
Le minuscule écriteaux qui repère l’endroit ne laisse pas soupçonner que leur pain est distribué à travers toute L’île.

En rejoignant le front de mer et malgré l’heure très avancée, les passants s’interpellent à propos de cette incroyable affaire de vol ou des travaux de peinture à réaliser le lendemain.
Tout se sait ici, rien ni personne ne passe inaperçu, pas même la nuit.

Pavage du plan - L’île (Juillet 2011)

Au son assourdissant des vagues s’éclatant sur les rochers, les reflets de la lune dansent en contre-bas. Guidée à travers la réalité d’ici, aucune envie d’aller dormir !

Comme toujours …

Demain, les portes seront refermées sur les rues pavées écrasées de soleil. Seuls quelques ‘bom dia’ plus enjoués aideront à reconnaitre les visages à la lumière du jour.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

1 Comment so far

  1. [...] Passent alors à notre droite une femme qui observe la scène mi-gênée, mi-attendrie. J’apprendrai plus tard qu’elle est la mère d’Eric et David et donc qu’elle fait parti de la grande fratrie (13 ‘frères et sœurs’) du boulanger. [...]